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B.A.BAR: l’expérience d’un nouvel appareil de communication mené

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“ B.A.BAR: l’expérience d’un nouvel appareil de communication
menée auprès de deux personnes aphasiques ”.

par Cendrine Hirt, logopède spécialisée en aphasie, exerçant en libéral à Yverdon, Suisse.
Introduction
L’utilisation de supports de communication (de type tableau, classeur, agenda) par les personnes
sévèrement aphasiques est aujourd’hui unanimement reconnue par le milieu thérapeutique et par les
utilisateurs eux-mêmes.
Ces supports de communication apparaissent comme étant nettement plus accessibles et plus
adaptés aux aphasiques que les aides technologiques généralement proposées aux personnes
handicapées privées de langage verbal.
En effet, il a souvent été constaté que les téléthèses se caractérisent souvent par une technologie
complexe et coûteuse. Elles nécessitent un encadrement thérapeutique difficile à proposer hors
d’une institution, et plus particulièrement pour les patients de retour à domicile. De plus, certaines
aides font appel à la maîtrise d’opérations cognitives et linguistiques proches de celles qui sont
déficitaires chez le patient aphasique (difficultés de manipulation des commandes, de programmation
du contenu, d’accès aux items, de mémorisation des items, etc.).
En revanche, facilité de compréhension, d’élaboration et d’utilisation, réduction de la technologie à
son maximum, personnalisation de la forme et de la taille, contenu plus facile à développer et à
adapter, coût réduit, facilité de transport et de manipulation sont autant d’éléments expliquant
l’intérêt et l’avantage des supports de communication sur les appareils électroniques.
Cependant, malgré leur intérêt incontestable, ces supports de communication rencontrent encore,
eux aussi, des limites dans leur efficacité: manque de transparence des messages, signification des
items pas toujours partagée avec les interlocuteurs, ambiguïté possible dans l’interprétation des
items, nécessité d’une attention visuelle commune sur l’item pointé au risque d’une rupture de
communication, présence d’un tiers nécessaire pour se familiariser avec le contenu et s’entraîner à
l’utilisation du support, moyen de communication exclusivement visuel moins familier et moins
naturel, absence de communication à distance, etc...
Les limites des supports de communication classiques semblent pouvoir être dépassées si l’on
associe au support un complément technologique sous la forme d’une voix naturelle. Cette voix
permettrait ainsi d’obtenir une transparence du message quasi parfaite; elle étendrait également la
communication à de nouvelles situations d’échanges (à distance, au téléphone) et n’imposerait plus
l’attention visuelle de l’interlocuteur sur l’item. Elle apporterait un canal supplémentaire dans l’accès à
la signification de l’item en complétant la modalité visuelle par un retour auditif.
Telles sont les hypothèses développées par l’équipe de M. Gabus à la FST (Fondation Suisse pour
les Téléthèses) à Neuchâtel/Suisse dans le cadre du projet B.A.BAR.
B.A.BAR est un nouvel appareil de communication destiné aux aphasiques mais aussi à d’autres
populations d’enfants et d’adultes handicapés. Il a été créé par la FST et vous a été présenté l’année
passée par M. Gabus. Je rappellerai juste en quelques mots son principe.
B.A.BAR est capable de lire des étiquettes contenant un code-barre collées à côté des items du
support de communication. Le contenu du code-barre est enregistré lors de la première lecture
optique. Par la suite, à chaque fois que B.A.BAR lira ce même code, il en prononcera le contenu
correspondant enregistré. Le support de communication devient ainsi parlant.
Dans le domaine de l’aphasie, 3 applications de B.A.BAR ont été postulées par la FST.
1. Moyen augmentatif de communication:
B.A.BAR joue alors un rôle de “ traducteur ”. Le patient peut en tout temps utiliser son support
avec ou sans la voix. Si l’interlocuteur ne comprend pas la signification de l’item désigné par
pointage ou s’il n’est pas en mesure de le voir car il est éloigné, le patient peut faire prononcer
par B.A.BAR le contenu du code-barre correspondant.
2. Moyen d’apprendre la signification des items:
B.A.BAR joue dans ce cas le rôle de “ répétiteur ”. Le patient peut apprendre ou revoir seul la
signification des items du support de communication grâce à l’écoute du contenu vocal de
chaque code-barre (familiarisation des items, mémorisation de leur signification et de leur place
dans le support).
3. Miroir phonique:
Dans la rééducation de certains patients, il est utile que ceux-ci puissent ré-entendre ce qu’ils
viennent de dire pour avoir une autre perception de leurs propres productions.
Grâce au feed-back auditif qu’il apporte par sa fonction “ écho ”, le patient peut ré-entendre sur
demande et autant de fois qu’il le souhaite sa dernière production et ainsi essayer d’aboutir à
une autocorrection grâce à cette perception différente et plus objective.
Il a également la possibilité de poursuivre à domicile le travail articulatoire entrepris avec le
thérapeute.
L’expérience-pilote qui vous est présentée aujourd’hui a été menée auprès de deux patientes
aphasiques dans le but de vérifier et d’approfondir les hypothèses initialement développées par la
FST.
Evaluation d e la fonction d e B .A.BAR e n tant q ue “ miroir p honique ”:
Patiente A :
69 ans
aphasie de Broca depuis ~ 15 mois au moment de l’expérience
Δ troubles neuropsychologiques associés
Δ troubles moteurs, sensitifs ou sensoriels
Traitement logopédique en cours au moment de l’expérience
Motifs d e l’essai :
- manque du mot en expression spontanée
- troubles de l’évocation lexicale
- troubles de la répétition
- temps de latence importants avant les productions verbales, “ blocages ”
- bonne compréhension
- forte demande pour un moyen de s’entraîner seule à la maison
Durée d e l’essai : 3 semaines
Déroulement:
- entretien avec la patiente
- démonstration de l’utilisation de l’appareil
- apprentissage de la procédure
- entraînement articulatoire à domicile
Matériel:
2 listes de 50 items: - jours de la semaine, nombres, phrases courtes d’usage courant
- mots longs et difficiles sur le plan articulatoire
Commentaires:
* bonne utilisation de l’appareil sur le plan technique
* apports de la voix grâce au modèle auditif donné par le contenu vocal de chaque item:
La lecture seule de l’item ne suffit pas à obtenir une prononciation correcte et précise du mot ou de
la phrase; la patiente a besoin du modèle auditif qui complète la modalité visuelle pour répéter et
reproduire correctement l’item choisi.
L’écho de sa propre production lui permet également de repérer précisément l’erreur de
prononciation dans le mot et de tenter de s’auto-corriger.
Evaluation d e la fonction d e B .A.BAR c omme “ moyen a ugmentatif d e c ommunication ”:
Patiente B :
79 ans
aphasie globale depuis ~ 16 mois au moment de l’expérience:
- sévère réduction de l’expression orale (quelques mots isolés apparaissant en situation
très automatique ou émotionnelle, oui/non)
- bonne compréhension en contexte
- compréhension écrite de mots/phrases courtes possible
- troubles de la compréhension marqués pour des items plus complexes
troubles praxiques idéomoteurs et constructifs associés
mobilité de la main droite diminuée (séquelles d’une hémiparésie droite, maladie rhumatismale
prédominant à la main droite)
Traitement logopédique (13 mois) terminé depuis 3 mois
Mise en place d’un classeur de communication pour faciliter les échanges avec l’entourage et rendre
un minimum d’autonomie et d’initiative dans la communication à la patiente
Motifs d e l’essai:
- expression orale spontanée très réduite ‡ limitation sévère de la communication
- compréhension et compétences communicatives suffisantes pour l’utilisation d’un support de
communication contenant des items écrits
- entourage très présent et ouvert à l’utilisation d’aides à la communication
Durée d e l’essai : ~ 2 mois
Déroulement:
- entretien avec la patiente et son entourage proche
- démonstration de l’utilisation de l’appareil
- évaluation initiale des capacités de communication avec le support personnel de la patiente
(répondre à des questions personnelles et portant sur la situation présente, répondre à des
questions type “ si vous avez faim,....”, P.A.C.E)
- enregistrement des messages choisis avec la patiente
- apprentissage de la procédure
- entraînement à domicile (activités de communication) 1-2x/semaine
- évaluation finale avec B.A.BAR + support de communication pour une comparaison des
performances
Commentaires:
* bonne utilisation de l’appareil sur le plan technique
* apports de la voix en compréhension:
Grâce au feed-back auditif donné par la voix, la patiente a été en mesure de constater sans aide
extérieure que l’item lu ne correspond pas toujours à celui qu’elle pensait avoir choisi; auparavant
chaque fois que la patiente pointait un item écrit sur son support de communication classique, elle
n’avait de contrôle sur son choix que lorsque son interlocuteur oralisait l’item et lui demandait une
confirmation. Avec B.A.BAR, la patiente pouvait s’auto-corriger d’elle-même et modifier le choix de
l’item qu’elle recherche, d’où une plus grande efficacité dans l’utilisation du support et dans
l’indication des messages.
* apports de la voix en production:
la patiente essaie spontanément de répéter et de reproduire oralement le message enregistré
(essentiellement pour les mots) aussitôt qu’elle choisit de lire un item avec B.A.BAR. Alors que
presque aucune production orale n’est possible en simple lecture à haute voix spontanée, sans
modèle auditif, un nombre plus important de mots peut être émis en réponse au modèle donnée par
B.A.BAR.
CONCLUSION:
Plusieurs éléments de conclusion apparaissent au terme de cette expérience:
- Sur un plan uniquement pratique, on constate que B.A.BAR apparaît comme un moyen
suffisamment simple au niveau technique pour être utilisé par des personnes âgées (rappelons que
les deux candidates avaient 69 et 79 ans au moment de l’expérience) et par des personnes très peu
familiarisées avec l’utilisation d’appareils électroniques.
- Les apports de la voix dans l’utilisation du support de communication ou dans l’utilisation du
“ miroir phonique ” semblent multiples tant en compréhension qu’en expression.
- Si le patient a des doutes concernant la signification d’un items particulier, B.A.BAR lui fournit la
possibilité de contrôler lui-même sans l’aide d’un tiers la signification de cet item grâce à la réponse
verbale émise. De même, si un patient hésite entre 2 items, la voix lui permet de préciser son choix
et d’éliminer l’item qui ne convient pas.
Le patient devient donc moins dépendant de son entourage et peut ainsi prendre plus d’initiatives
dans la communication et peut également se stimuler lui-même.
- Il semble que B.A.BAR améliore l’efficacité du support de communication et puisse être envisagé
comme un nouvel outil thérapeutique.
Les prolongements de cette expérience-pilote devraient permettre de confirmer les hypothèses
développées par la FST et d’étayer ces premiers résultats. Cette première expérience mène également
à quelques questions qui restent actuellement ouvertes et que l’étude approfondie qui va être menée
par les services de neuropsychologie des centres hospitaliers de Lausanne et Berne en Suisse
permettra peut-être d’éclairer.
Ces premières pistes de réflexion sont les suivantes:
La mise en place précoce de B.A.BAR permettrait-elle l’amélioration de l’expression et pas seulement
des capacités de communication?
Certaines méthodes de traitement sont utilisées en aphasiologie pour tenter de débloquer
l’expression orale de patients sévèrement aphasiques (ex: thérapie par l’intonation mélodique,
utilisation des automatismes de langage, etc.). Est-ce que la stimulation apportée par la voix de
B.A.BAR permettrait également de tels résultats et pourrait constituer un moyen supplémentaire et
complémentaire à ceux déjà existants?
Qu’en serait-il de l’aide apportée par le feed-back auditif pour des patients avec de sévères troubles
de la compréhension?
S’il paraît évident que le feed-back auditif est une aide pour les patients présentant essentiellement
des troubles de l’articulation (anarthrie, aphasie de Broca, dysarthrie, etc.) en leur permettant de
s’auto-corriger sur la base de la nouvelle perception que l’écho fournit, qu’en serait-il pour des
patients présentants des troubles de la compréhension orale comme dans le cas des aphasies de
Wernicke ou des surdités verbales?
Un patient avec des troubles de la répétition de type conduction serait-il capable de modifier ses
productions sur la base de l’écho de ses propres productions?
Les patients avec aphasie de conduction présentent d’importants troubles de la répétition lorsqu’on
leur demande de reproduire le mot qui leur est fournit auditivement. Seraient-ils capables de modifier
et d’améliorer leurs productions sur la base d’un feed-back de leurs propres productions?





 

 

Copyright 2010 Fondation Suisse pour les Téléthèses, la technologie au service du handicap.