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L’impact de la création dans le domaine social, compatibilité ou

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L’impact de la création dans le domaine social,
compatibilité ou incompatibilité?

Avant-propos
“La composante créatrice d’une activité et son impact ne dépendent pas du domaine dans lequel
elle s’applique, mais du degré d’audace qui la caractérise”. Je ne prétends pas détenir là une vérité,
mais plutôt faire état d’une conviction. Ce sont les créateurs exerçant dans d’autres domaines qui
doivent valider ou non cette hypothèse.
Dans ces quelques lignes, je souhaiterais caractériser le chemin parcouru par un créateur et sa
“création”, de l’idée originale à la banalisation de celle-ci, soit au moment ou le “consommateur”
s’approprie complètement un nouveau projet et le banalise.
Qui sommes nous?
La Fondation Suisse pour les Téléthèses (FST) à Neuchâtel, a pour objet de mettre la technologie,
essentiellement électronique et informatique, au service de la personne handicapée.
Créée en 1982, l’aspect “application” reste son objectif prioritaire. Aujourd’hui, en Suisse, 2000
personnes handicapées utilisent quotidiennement les divers appareils de son assortiment ainsi que
les nombreux services qui leur sont liés (information, formation, définition de projets rééducatifs
utilisant des aides techniques et leur mise en service, le suivi et l’entretien des appareils).
La FST dispose également d’un laboratoire de recherche et développement. Elle entreprend des
travaux quand ce qu’elle recherche ne se trouve pas déjà sur le marché et que l’intérêt du résultat
escompté est reconnu par un groupe d’experts indépendants. Actuellement, elle consacre environ
20% de ses ressources humaines à ce secteur. La FST “pratique” la création depuis le début de son
activité et lui doit une part importante de sa survie.
Voici, dans les grandes lignes, les travaux qu’elle a entrepris depuis sa fondation:
1983 mise au point de claviers spéciaux permettant à une personne handicapée, sans l’usage de
ses mains, de travailler avec un ordinateur.
1984 la première machine parlante librement programmable, HECTOR (pour personnes sans
langage oral).
1987 la première télécommande infrarouge programmable, JAMES (apprendre et restituer les
codes d’autres télécommandes) permettant à une personne gravement handicapée de
“contrôler son environnement”, particulièrement dans le cadre de son habitat.
1993 développement d’un standard caractérisant un réseau local permettant de combiner entre
elles les aides techniques les plus diverses. Ce projet a été réalisé dans un programme de
recherches de l’Union Européenne.
Travaux en cours
- développement d’une gamme d’aides techniques réalisées au standard mentionné plus haut
- application des aides techniques pour les personnes du troisième âge (appui du Fonds
national suisse de la recherche scientifique, en collaboration avec l’université de Neuchâtel
et l'École d’ingénieurs du canton de Neuchâtel)
- participation, avec plusieurs partenaires, à 5 nouveaux projets de recherche de l’Union
Européenne (projets d’une durée de trois ans)
L’activité de la FST ne se limite pas au territoire helvétique; 50 % de son chiffre d’affaires est réalisé à
l’étranger. Elle occupe aujourd’hui 20 collaborateurs. Son financement repose sur quatre piliers. En
Suisse, les prestations de service et le matériel qu’elle fournit aux personnes handicapées sont pris
en charge, dans la très grande majorité, par l’Assurance-Invalidité. Les travaux de recherche et de
développement font l’objet de mandats privés ou publiques. L’exportation de ses produits contribue
toujours plus à ses ressources financières. Enfin, plusieurs importants donateurs soutiennent les
activités de la fondation qu'il reste à financer.
Première condition: le “quoi faire"
Dans la plupart des situations, si l’on demande au consommateur ce qu’il souhaite avoir demain, il
restera prisonnier des références de son vécu. En d’autres termes, il éprouvera une grande difficulté
à (oser) imaginer l’utilité d’une nouveauté. Si le créateur présente, sur la base d’un projet ou d’un
prototype, une nouvelle idée pour avoir une appréciation de l’intérêt de sa proposition, il obtiendra,
dans les meilleurs cas, une confirmation, parfois partielle, du besoin pouvant être satisfait par ce
qu’il propose. L'utilisateur confond la notion de besoin et celle de la demande générée par ce besoin.
C’est cette dernière qui finalement validera le produit! Hélas, la notion de demande n’est que très
rarement générée par la présentation d’une idée. Ce sont les premières applications du produit qui
feront réellement naître la demande. Il y a donc prise de risque, directement proportionnelle au
caractère nouveau du projet.
L’intérêt du créateur est plus orienté vers le “devenir” que dans “l’être” d’une idée ou d’un produit.
Il doit créer les références nécessaires pour imaginer non seulement une nouveauté mais pouvoir
également en juger l’impact. Il fait référence à l’histoire pour mieux comprendre le ”pourquoi” du
présent. Le présent sera ensuite utilisé comme base d’évaluation du futur. Il sait qu’il ne doit
compter principalement que sur lui-même pour évaluer la demande qui naîtra de ce qu’il va créer.
Pour un observateur, le créateur suit essentiellement une intuition. En réalité, il fait un raisonnement
relativement logique. A l’extrême, il admettra qu’on le qualifie d’intuitif à condition que la définition de
l’intuition ressemble à “un processus logique dont le détail et le développement échappent à notre
conscience...!”
Dans notre pays, l’intérêt des citoyens pour le produit “en devenir” n’est pas inscrit au palmarès
des valeurs les plus cotées. Il y a dans le présent et dans son évolution lente et réfléchie, un confort
(un réconfort?) auquel l’Helvète cède peut-être plus volontiers que les citoyens d’autres pays. Je ne
renie pas l’art de cultiver ces valeurs, mais je déplore que nous considérions comme incompatibles
ce qu’il faut peut-être appeler “le droit à la création et à la reconnaissance des valeurs qu’elle
véhicule” et la valeur de ce qui se pense, se fait, ou s’est toujours pensé et toujours fait!
Deuxième condition: le “comment faire”
Plus le caractère novateur de ce que l’on entreprend est grand, moins la référence à un savoir
acquis est théoriquement possible. Dans le domaine de la création, le savoir peut avoir un côté
stérilisant, il confère une sécurité et contribue à valider les options prises. Ne pas trouver, dans son
propre savoir ou dans celui des autres, les références étayant un projet, peut être - avec une
“bénédiction académique” - une excellente raison de ne pas entreprendre.
Le créateur doit considérer comme prioritaire non pas ce qu’il sait (ou ce que les autres savent),
mais plutôt ce qu’il peut faire de ce qu’il sait. Dans ce but, faire appel à des équipes
pluridisciplinaires est une des solutions. Il faut admettre également qu’une idée nouvelle émane
souvent de personnes issues d’autres milieux; le cas échéant, le spécialiste sera cependant le mieux
placé pour la réaliser.
Troisième condition: les moyens et les appuis nécessaires
L’initiateur devra convaincre d’autres personnes du bien fondé de ce qu’il souhaite entreprendre. La
grande difficulté est sa tendance à minimiser les problèmes auxquels il sera confronté. Je ne crois
pas qu’il s’agisse d’une manipulation de sa part, mais plutôt d’une réaction saine: si le créateur
savait à l’avance l’ampleur et la nature des problèmes qu’il va rencontrer, il hésiterait, voire
renoncerait à son projet. Aussi bonne que soit son idée, il ne doit pas oublier que sa valeur est
fragile tant que l’ (les) autre (s) ne la partage (ent) pas!
Quatrième condition: la patience!
Si je me réfère aux expériences “créatives” menées par la fondation, je constate qu’une nouveauté
suit un processus en plusieurs étapes. A la présentation d’un nouveau produit, le consommateur
crie rarement bravo! Le créateur ne doit pas s’en étonner, ne pas s’offusquer d’une réponse tiède
de l’utilisateur potentiel, mais doit savoir qu’il ne pourra obtenir un jugement fiable que si une
“masse critique” suffisante de tests a été entreprise. Il est préférable d’avertir ceux qui ont
contribué à la réalisation du projet, même au risque d’engendrer une déception pouvant avoir de
très graves conséquences.
Cinquième et dernière condition: Y CROIRE!
Le parcours du créateur commence par une prise de risque (pour lui et pour ceux qu’il associe à
son projet). Elle est suivie par une série de situations auxquelles (le doute ne cessant de l’habiter) il
craint ne pas pouvoir trouver d'issues.
Le créateur doit garder confiance et méditer la définition suivante: avoir confiance en soi n’est pas
occulter ses doutes, mais plutôt apprendre à les gérer! Je me dis souvent, dans les moments les plus
critiques, que "bien aller, c'est lorsque l'énergie dont on dispose suffit à faire face aux problèmes qui
s’imposent..."
Conclusion
Dans le domaine “technologie et social”, créer, c’est se rappeler que l’important n’est pas la
performance technologique, mais l’aptitude de l’homme à en faire usage. Créer, c’est comme dans
bien d’autres domaines, devoir assumer de temps à autre certains échecs pouvant même
compromettre la carrière du créateur. Créer, c’est bien sûr et avant tout un plaisir, celui de constater
finalement qu’une idée nouvelle s’est banalisée, que le consommateur se l’est totalement appropriée.
Créer, dans le domaine social, se résume à une phrase:
Concilier HighTech, éthique et tact!
Jean-Claude Gabus
Fondation Suisse pour les Téléthèses
Neuchâtel
Source: Revue "Entreprendre", Edition printemps 1994





 

 

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