Travail rédigé par M. André Baechler Animateur pédagogique La Castalie – Centre médico-éducatif, Monthey Expérimentation du système HeadMouse avec 13 personnes présentant un handicap physique important Période du 1 mai au 8 juin 2001 1. CE QUE LE SYSTEME PERMET OU POURRAIT PERMETTRE A CES PERSONNES Les 13 personnes choisies pour cette expérimentation ont : - des problèmes moteurs importants (très grande spasticité des bras et des jambes ou parfois athétose, maintien de tête souvent difficile, peu de contrôle du tronc, etc.), - des problèmes visuels (strabisme, nystagmus, myopie, etc.) mais paraissant pas trop graves pour tenter l'expérience, - d'autres problèmes sensoriels (une personne est sourde), - gros problèmes de communication pour la plupart, - de grandes difficultés dans les apprentissages scolaires (lecture, calcul, classification, etc.). Nous avions déjà réalisé des essais fin mars 2001 avec le Visioboard auprès de 8 personnes (voir les rapports y relatifs). A part une personne (S.), pour laquelle le Visioboard semble la meilleure solution de façon nette, le HeadMouse devrait apporter une aide plus efficace à la plupart des personnes, en premier lieu parce qu'il est alors possible de donner une aide par un soutien de la tête, alors qu'il est très difficile de donner une aide pour le regard. Nous sommes donc à la recherche d'un système de soutien mobile, articulé au niveau de la nuque. Pour 3 personnes parmi les 13, c'est le joystick analogique qui semble être actuellement la meilleure solution. Comme le Visioboard, le HeadMouse permet un certain accès à l'utilisation de l'ordinateur, même partiel. Plusieurs personnes ont donc un accès à des activités de type cognitif plus larges et avec une plus grande participation active que si on utilise d'autres systèmes tels que les contacteurs. Le HeadMouse devrait aussi permettre un certain entraînement du contrôle de tête. On peut en effet penser que les exercices répétés devraient encourager des mouvements plus automatisés et la découverte de stratégies de "contournement" des problèmes moteurs. Plusieurs expériences durant cette période d'essai nous l'ont montré. Bien que les personnes handicapées ayant participé à cette expérimentation nous donnent toutes l'impression de contrôler leur tête suffisamment dans la vie quotidienne, ce contrôle est en réalité beaucoup plus difficile lors de l'utilisation du HeadMouse. On pourrait émettre essentiellement deux raisons à cela : - A part quelques stimulations visuelles et/ou auditives inattendues autour de l'écran qui attireraient l'orientation involontaire de la tête, tous les mouvements pour diriger la souris doivent être faits de avec la motricité volontaire et consciente, au moins dans une première période. Chez ces personnes, c'est justement la motricité volontaire qui est atteinte, ce qui provoque des mouvements saccadés, extrêmes, soumis aux réflexes archaïques, parfois lents, parfois trop rapides. C'est alors qu'un soutien de la tête permet de freiner ces mouvements et de donner des repères. Les mouvements deviennent alors plus lisses. - Les mouvements du regard sont dépendants de la position de la tête et de ses mouvements : par moments, les yeux doivent pouvoir regarder la cible alors que la tête va récupérer le pointeur, mais le plus souvent les yeux doivent se déplacer en même temps que la tête. Or chez ces personnes, le regard est souvent utilisé pour déverrouiller la posture et on voit les yeux qui partent avant le mouvement de tête. Il y a également tous les problèmes de vision et notamment le strabisme. L'utilisation d'un système tel que le HeadMouse et avec des personnes ayant de tels handicaps ne peut s'entrevoir sans une forme d'apprentissage qui parfois prendra du temps. Cela suppose donc des activités préparatoires progressives et facilement adaptables aux capacités et difficultés rencontrées par chacun. 2. REGLAGE DU SYSTEME EN FONCTION DE L'UTILISATEUR Le gros avantage du HeadMouse par rapport au Visioboard est la simplicité et la rapidité de la mise en oeuvre. Une fois que la pastille autocollante est collée sur le front et que l'appareil est orienté vers cette pastille, le système démarre. On obtient donc très vite des résultats au moins grossiers. Lorsque les résultats doivent être plus précis, il faut intervenir sur les paramètres de la souris et le programme MouseWare de Logitech est alors très utile. On peut freiner les mouvements, ce qui demandera une grande amplitude du mouvement de la tête pour un petit déplacement de la souris ou l'inverse avec tous les réglages intermédiaires possibles. On peut également agir sur l'accélération, ce qui provoque un déplacement de plus en plus rapide (ou sans variation) si on ne change pas de direction. Il est aussi possible d'éloigner le HeadMouse de la personne pour faire varier l'angle d'incidence des mouvements de la tête sur le HeadMouse. Plus la distance est grande et plus le même mouvement aura une grande influence. Il n'est pas nécessaire de reculer l'écran. C'est d'ailleurs un autre avantage du HeadMouse qui est indépendant de l'écran et qui peut donc être installé en divers endroits, si possible sur un support permettant toutes les inclinaisons. 3. UTILISATION DU HEADMOUSE ET DU PROGRAMME DRAGGER AVEC CERTAINS LOGICIELS Le programme Dragger Pour gérer l'ordinateur, il faut aussi pouvoir actionner les boutons de la souris (clic, double-clic, drag-drop). Pour les personnes qui ne peuvent manuellement appuyer sur un contacteur sans bouger la tête (mouvements associés, mise en tension du corps, déclenchement de spasmes, etc.), il est conseillé d'utiliser le programme Dragger qui provoque le clic si on reste un délai réglable au même endroit. Une petite fenêtre vient se placer sur l'écran à l'endroit désiré, qui permet de choisir la fonction ou de désactiver le clic). Suivant la personne, la présence de cette fenêtre à l'écran est gênante, car elle permet de changer les paramètres de la souris. Ce programme présente quelques défauts, comme le fait de disparaître derrière certains écrans (programme Imagic, par exemple) et surtout le fait de ne pouvoir garder active la fonction dragdrop au-delà d'une seule utilisation. Voir ou cliquer ? Avec le programme Dragger, nous rencontrons, suivant l'activité, un conflit entre le désir de regarder attentivement une image ou divers choix possibles et le fait que cela déclenche le clic. On pourrait augmenter le temps pour valider le clic, mais pour autant que la stabilité de la tête puisse être suffisante, ce qui est rarement le cas. Il est parfois possible d'augmenter la surface de validation du clic, mais cela rend inutilisable un grand nombre de logiciels qui demandent une certaine précision. Remarques concernant les logiciels Nous avons utilisé des logiciels de notre propre conception comme programmes de test et d'apprentissage à l'utilisation du système, bien qu'ils n'aient pas été pensés pour cela à l'origine. Nous nous rendons vite compte que certaines applications sont plus faciles d'accès avec des contacteurs (où il n'y a pas à viser le bouton sur l'écran pour cliquer et où on ne peut pas sortir de l'écran de l'application) qu'avec une émulation de la souris telle que le Visioboard ou le HeadMouse ou encore le joystick analogique. Nous devrons donc adapter nos logiciels à ce nouvel accès. Un des aspects à modifier est par exemple le scrolling d'écran dans OuVasTu – hélicoptère. Nous ajouterons donc une option pour le supprimer selon les besoins. Nous devrons également prévoir des solutions pour valider le clic ou utiliser le drag-drop dans les réglages des modes d'entrée. Cela permettra de faire davantage d'exercices d'entraînement avec l'espoir que la personne pourra ensuite maîtriser les fonctions de l'ordinateur et accéder aux logiciels du marché. 4. PROPOSITIONS DE MODIFICATION DU SYSTEME ET DU PROGRAMME DRAGGER - Pouvoir supprimer la calibration automatique : lorsqu'on tourne trop la tête dans une direction, cela donne le même effet que si on avait soulevé et déplacé la souris à un autre endroit du tapis. Cette fonction, utile à certaines occasions, peut être gênante à d'autres moments. - Que la fenêtre de Dragger puisse rester au-dessus de toutes les fenêtres, mais qu'il puisse être caché et découvert à l'aide de raccourcis –clavier. - Que la fonction drag-drop de Dragger puisse être maintenue. 5. CONCLUSION Nous tenons à remercier la FST à Neuchâtel qui nous a donné l'occasion de tester ce système assez simple d'utilisation et qui permet de donner à accès à l'ordinateur pour des personnes ayant de graves problèmes moteurs. Ce n'est pas toujours un accès autonome à toutes les fonctions de l'ordinateur, mais cela permet, avec parfois une aide au soutien de la tête, des choix et des actions volontaires qui ouvrent la porte vers de nouvelles activités de formation, de culture et de loisirs. Cette expérience nous a montré à quel point la plupart de ces personnes peuvent s'intéresser à ce type d'activités alors que par ailleurs elles nous paraissent si handicapées et "incapables". Il nous reste maintenant à mettre en place des projets qui vont inclure une part de formation à l'utilisation de ces moyens (automatisation des mouvements nécessaires, par exemple) et une bonne part de découvertes intéressantes en fonction des intérêts de chacun. Monthey, le 27 juin 2001 André Baechler Animateur pédagogique La Castalie – Centre médico-éducatif
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