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Expérimentation du système Visioboard avec 8 personnes présentan

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Travail rédigé par M. André Baechler
Animateur pédagogique
La Castalie – Centre médico-éducatif, Monthey

Expérimentation du système Visioboard
avec 8 personnes présentant
un handicap physique important

Semaine du 26 au 30 mars 2001
1. CE QUE LE SYSTEME PERMET OU POURRAIT PERMETTRE A CES PERSONNES
En débutant cette expérimentation, nous étions conscients que le système Visiobard n'a pas été
créé pour répondre aux besoins de personnes avec des handicaps multiples et même
polyhandicapées. Mais nous sommes confrontés à de tels problèmes de désignation et de
contrôle de l'environnement avec nombre de ces personnes qu'il nous a semblé utile de tenter
l'expérience au risque d'arriver à un constat d'échec. Nous avions essayé plusieurs solutions (en
général des contacteurs adaptés), mais les résultats restent faibles en regard des énormes efforts
que ces personnes consentent.
Les 8 personnes choisies pour cette expérimentation (et nous aurions pu en choisir d'autres)
ont:
- des problèmes moteurs importants (très grande spasticité des bras et des jambes, maintien de
tête souvent difficile, peu de contrôle du tronc, etc.),
- des problèmes visuels (strabisme, nystagmus, myopie, etc.) mais paraissant pas trop graves
pour tenter l'expérience,
- d'autres problèmes sensoriels (une personne est sourde),
- des problèmes de communication (aucune ne parle mais deux personnes ont des tableaux de
communication),
- de grandes difficultés dans les apprentissages scolaires (lecture, calcul, classification, etc.).
Dans de telles conditions, il peut sembler utopique de vouloir utiliser un système comme le
Visioboard qui demande un maintien tranquille de la tête, une bonne représentation de sa
motricité oculaire et une très grande attention.
En se référant aux rapports d'évaluation de cette expérience avec ces 8 personnes (2 jeunes
enfants de 5 ans environ, deux adolescents et 4 adultes), nous pouvons dire qu'aucune d'entre
elles ne parvient à utiliser le Visioboard pour piloter un ordinateur de façon autonome après 4 à
8 séances d'essai. Nous pouvons craindre que plusieurs d'entre elles n'y arriveront jamais. Par
contre, 7 d'entre elles ont réussi des performances qu'aucun autre système essayé avec elles à
ce jour n'a permis de réaliser avec une telle précision et une telle rapidité (activité de découverte
de l'image) ! Même la personne (H.N.), qui a utilisé Wivik avec tous les problèmes techniques du
système et des logiciels, a réussi à sélectionner des lettres sur consignes. Nous souhaitons
encore comparer le Visioboard avec un système tel que le Head Mouse (déplacement du
pointeur de la souris par les mouvements de la tête et non des yeux).
Nous pouvons d'ores et déjà avancer des avantages réels à utiliser un système comme
Visioboard :
- un certain accès à l'utilisation de l'ordinateur, même partiel ;
- et donc pour plusieurs personnes un accès à des activités de type cognitif plus larges et avec
une plus grande participation active que si on utilise d'autres systèmes ;
- une évaluation fonctionnelle de la vision et en particulier de la motricité oculaire de ces
personnes ;
- dans certains cas un entraînement de la motricité oculaire.
Concernant l'évaluation fonctionnelle de la vision, les essais avec le Visioboard nous ont permis
de "toucher du doigt" quelques aspects de la vision décrits par le Prof. André Bullinger
(Université de Genève) avec qui nous collaborons. Nous percevons nettement la différence
entre la vision périphérique (un système visuel de détection du mouvement ou d'une forte
lumière que je qualifie plutôt de "réflexe") et la vision focale (système visuel plus conscient et
soumis à une motricité oculaire qui doit s'ajuster). La complémentarité entre ces deux systèmes
n'est guère réalisée chez les personnes handicapées avec qui nous avons fait les essais. Cela
nous permet de mieux comprendre ce qui se passe lorsque nous demandons à la personne
d'utiliser son regard pour désigner un choix, regarder ce qu'on lui montre, centrer son attention
visuelle sur des images, etc. (communication et apprentissages).
L'utilisation d'un système tel que le Visioboard et avec des personnes ayant de tels handicaps ne
peut s'entrevoir sans une forme d'apprentissage qui parfois prendra du temps. Cela suppose
donc des activités préparatoires progressives et facilement adaptables aux capacités et difficultés
rencontrées par chacun.
2. REGLAGE DU SYSTEME EN FONCTION DE L'UTILISATEUR
Positionnement
Avec des personnes de taille moyenne et se tenant plutôt droites, les possibilités de réglages en
hauteur, profondeur et orientation de l'écran sont suffisantes et rapides. Le bras articulé monté
sur une table (réglable facilement en hauteur avec un système de vérins et stable) semble une
bonne solution. Par contre, si la personne est de petite taille ou si elle est placée assez haut sur
son siège avec le dossier incliné en arrière ou encore si elle est placée sur un lit, alors les
possibilités de réglages de positionnement de l'écran sont insuffisantes.
Nous avons rencontré des difficultés pour placer correctement l'écran en rapport avec le visage
de la personne et en fonction de l'oeil et de ses possibilités motrices. Tout en essayant
d'appliquer les consignes (45 cm de distance et parallélisme avec le visage), nous nous sommes
aperçus que, suivant la position de l'écran, la personne pouvait explorer une zone plus ou
moins grande de l'écran et que le fait que la personne avait les yeux mi-clos pouvait varier
également. Nous avons constaté qu'il valait mieux que la personne regarde bien en face, la tête
droite en hauteur et latéralement par rapport à l'écran, même si la personne a un oeil privilégié ou
qu'elle penche habituellement la tête. Nous devrions encore faire des essais pour voir si une
position asymétrique (fauteuil roulant de côté et tête tournée en face de l'écran) ne donnerait pas
parfois de meilleurs résultats avec une plus grande libération du regard volontaire.
Réglages des caméras
Lors des premiers essais, nous avons utilisé le tracking. Les résultats n'étaient vraiment pas
concluants et ceci pour deux raisons :
- Chaque fois que la personne sort de la zone correcte, le système corrige et essaie de
recentrer. Si la personne bouge beaucoup du même côté, les moteurs sont vite en bout de
course. Pour peu que la tête de la personne bouge trop dans une direction donnée, le
système ne parvient plus à retrouver l'oeil, même si la personne a repris la position correcte
de départ.- Le tracking fonctionne bien si les mouvements de la tête sont lents et de petite amplitude. Chez
les personnes avec qui nous avons réalisé les essais, les mouvements de tête sont parfois
amples et brusques. Les moteurs du Visioboard ne parviennent plus à suivre.
Nous avons donc supprimé le tracking en veillant à ce que la personne retrouve sa position de
départ correcte pour pouvoir reprendre la main et continuer l'activité. Pour certaines personnes,
lors d'une telle activité, cela sous-entend qu'on veille à leur mettre à disposition un appui-tête en
forme de coque qui aurait le double avantage de stabiliser leur tête et de leur donner l'information
de la position correcte.
La calibration a été testée le premier jour, puis vite abandonnée, sauf avec une personne (activité
avec Wivik – calibration 1 point). Comme ces personnes bougent un peu trop , la calibration se
fait trop lentement et il faut s'y reprendre en plusieurs fois. Parfois la calibration était partielle et le
système a démarré ainsi. De plus, lorsqu'on choisit la calibration, celle-ci est redemandée chaque
fois que le regard a été perdu trop longtemps par le système, ce qui arrive trop fréquemment
avec ces personnes (voir ci-dessus). Il est vrai que nous perdons alors en précision et ce de
façon semble-t-il différente à gauche (env. 2 à 3 cm) et à droite de l'écran (env. 1 cm), selon
quelques tests.
En résumé, il semble que les réglages manuels soient plus rapides et efficaces que les réglages
automatiques. Les réglages automatiques pour le recentrage de l'oeil et la netteté sont
malheureusement encore trop lents pour s'adapter aux mouvements trop importants et rapides
de ces personnes. Or, plus il faut attendre et plus elles bougent !
3. UTILISATION DU VISIOBOARD AVEC CERTAINS LOGICIELS
La fenêtre Visioboard
L'apparition de la fenêtre Visioboard en bas à droite de l'écran permet à l'utilisateur et, surtout
dans notre cas, à l'accompagnant de se rendre compte notamment de la position de l'oeil et du
mode de commande (clic, double-clic, drag-drop, enclenché on non). Suivant la personne, la
présence de cette fenêtre à l'écran est gênante, car elle attire fortement son regard (animation de
l'oeil) et elle permet de changer les paramètres de la souris. De plus, elle occupe une place
importante. Il est vrai que cette fenêtre peut être cachée, mais elle revient si le pointeur de la
souris va dans la marge de l'écran à droite. L'accompagnant doit alors taper Alt + Tab pour la
faire disparaître à nouveau. Parfois, le fait de voir l'oeil permet à la personne de corriger sa
posture, mais malheureusement elle va en même temps changer le mode pour la souris.
Voir ou cliquer ?
Le système prévoit plusieurs façons d'exécuter le clic. Bien qu'il soit possible de déclencher le clic
à l'aide d'un contacteur externe, cette solution n'est pas toujours possible ni souhaitable
(mouvements associés, mise en tension du corps, déclenchement de spasmes, etc.). L'autre
solution est donc bien celle d'attendre sans bouger sur la cible un temps réglable. Alors nous
rencontrons, suivant l'activité, un conflit entre le désir de regarder attentivement une image ou
divers choix possibles et le fait que cela déclenche le clic. On pourrait augmenter le temps pour
valider le clic, mais pour autant que la stabilité du regard puisse être suffisante.
Remarques concernant les logiciels
Nous avons utilisé des logiciels de notre propre conception comme programmes de test et
d'apprentissage à l'utilisation du système, bien qu'ils n'aient pas été pensés pour cela à l'origine.
Nous nous rendons vite compte que certaines applications sont plus faciles d'accès avec des
contacteurs (où il n'y a pas à viser le bouton sur l'écran pour cliquer et où on ne peut pas sortir
de l'écran de l'application) qu'avec une émulation de la souris telle que le Visioboard. Nous
devons donc adapter nos logiciels à ce nouvel accès.
Le logiciel adapté Wivik, couplé au traitement de texte, pose le même type de problèmes, mais de
façon plus aiguë : un de nos utilisateurs, qui est capable de sélectionner des lettres, clique
involontairement en divers endroits où cela pose problème (ouvre des menus, désactive
l'application, déplace le curseur texte au mauvais endroit alors qu'il relit ce qu'il a écrit, etc.).
4. PROBLEMES TECHNIQUES RENCONTRES DURANT L'EXPERIMENTATION
Nous avons principalement rencontré quatre problèmes, dont le premier a été le plus fréquent et
le plus dommageable pour la personne et pour les essais :
- Le système ne parvenait pas à donner la main à l'utilisateur bien que tout soit réglé
correctement (3 points visibles dans la zone foncée de l'oeil, netteté de ces 3 points) et nous
avons dû relancer en plusieurs fois le système et même redémarrer la machine. Ce problème
est apparu surtout lors de la première utilisation, mais aussi après un changement de
personne.
- La perte du contrôle du pointeur en cours d'utilisation, alors que le système avait bien donné
la main à l'utilisateur et que l'oeil était bien réglé. Nous ne pouvons dire à quelle condition
particulière ce phénomène est lié. Il suffit le plus souvent que l'accompagnant reprenne la main
et la redonne à l'utilisateur pour que tout rentre dans l'ordre.
- Deux ou trois fois dans la semaine, en voulant quitter l'application du Visioboard, cette
application ne s'est pas fermée correctement et il restait en arrière-fond une fenêtre Visioboard
montrant l'oeil sur la droite de l'écran mais sans qu'on puisse l'activer ou l'utiliser. Il faut alors
relancer la machine.
- Avec notre application OuVasTu : image à découvrir et fenêtre Visioboard cachée, clic
désactivé, il est arrivé une série de fois que le pointeur (un carré vert : dessin) devienne jaune
(uniquement déplacement sans dessin) sans que l'accompagnant n'ait cliqué sur la souris.
5. PROPOSITIONS DE MODIFICATION DU SYSTEME
A partir des constats décrits ci-dessus, nous soumettons les propositions suivantes.
Réglages du positionnement
Lorsqu'on a besoin d'une grande course de réglage en hauteur et en profondeur, on pourrait
imaginer une fixation au mur ou au plafond avec un bras articulé comme les systèmes de
support de rayons X.
Faciliter les réglages
- Pouvoir déclencher un spectacle au centre de l'écran durant le réglage, éventuellement sous
forme d'une animation, pour attirer le regard.
- Que "Premiers pas" garde son nom si on change un paramètre ou au moins pouvoir avoir
une sélection rapide des divers utilisateurs dans une liste.
- Avoir une fonction pour recentrer les moteurs, sans sortir et relancer Visioboard.
- Pour régler la calibration avec de plus gros points (malvoyants) et animés (enfants).
Permettre l'apprentissage du système et en faciliter l'utilisation
- Pouvoir cacher la fenêtre Visioboard, l'accompagnant pouvant garder le contrôle de certains
réglages (combinaison de touches).
- Pouvoir dévier la fenêtre Visioboard sur un autre écran (nos essais avec un écran vidéo
basse résolution n'ont pas joué).
- Avoir un contrôle auditif en plus du visuel (oeil sort d'un côté, d'un autre, moteur en butée,
etc.).
- Connaître l'état du système (visuellement mais plus discret ou auditivement).
- Pouvoir ne montrer que l'oeil à l'endroit voulu de l'écran sans les fonctions (changement du
clic, double-clic, etc.).
- Pouvoir à tout moment reprendre la main de la souris (combinaison de touches).
- Trouver un système de pointage lumineux sur tout l'écran (pointeur laser).
Question : pour l'utilisation des touches de fonctions quelles interactions y aura-t-il avec les
autres applications ?
Programmes d'apprentissage à modifier ou créer
Pour les débutants ou les personnes qui ont trop de peine, chercher, modifier ou créer des
programmes adaptés (nous apporterons quelques modifications à nos propres programmes).
On peut rêver !
- Pouvoir réduire la zone active du pointeur sur l'écran (mais pas si c'est la souris qui gère le
pointeur).
- Pouvoir décentrer le point de référence : lorsqu'on voit qu'une personne ne peut déplacer
son regard que dans une zone restreinte de l'écran.
- Ajouter un paramètre qui permettrait d'attribuer plus de place pour l'oeil dans la fenêtre
Visioboard pour accepter de plus grands mouvements de la tête sans perdre le contrôle.
- Moteurs de réglages du tracking et de la netteté plus rapides.
- Coupler les avantages du Visioboard et ceux d'un système comme HeadMouse.
- Arriver à une miniaturisation du système pour qu'il soit portable en vue d'une utilisation
comme moyen alternatif de communication.
6. CONCLUSION
Nous tenons à remercier la FST à Neuchâtel qui nous a donné l'occasion de tester ce système.
Ce fut une semaine très dense, mais elle nous a permis d'apprendre plein de choses, notamment
sur la vision et surtout de découvrir des potentialités insoupçonnées chez plusieurs des
personnes ayant participé à cette expérimentation.
Les remarques et propositions que nous venons de faire sont à considérer comme valables pour
la population avec laquelle nous avons fait les essais et n'ont pas un caractère général. Nous
serions heureux si un tel système pouvait devenir encore plus performant pour des personnes
présentant des handicaps similaires à ceux décrits dans ce rapport.
Nous sommes prêts à continuer la collaboration si elle peut être utile (évaluation, réalisation de
programmes d'apprentissage, etc.).
Peut-on décrire les prérequis nécessaires à l'utilisation du Visioboard ?
Personnellement je ne m'y aventurerais pas, m'étant souvent trompé dans ce genre de prévision.
Le meilleur moyen de savoir est de pouvoir essayer, car il y a énormément de variables et de
facteurs en jeu, à commencer par la motivation des accompagnants et de la personne
handicapée. Il faut oser essayer assez longtemps, surtout si la personne est polyhandicapée et
même si parfois il faut se résoudre à chercher d'autres solutions. Le temps et la ténacité font
souvent bien des miracles.
Monthey, le 7 avril 2001 André Baechler
Animateur pédagogique
La Castalie – Centre médico-éducatif





 

 

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