AIDES TECHNIQUES ELECTRONIQUES EN SUISSE Parlons-en, remettons-nous en question ! Présentation faite à l'occasion de l'assemblée annuelle de l'Association Suisse des Thérapeutes pour IMC * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * Le point sur la recherche Auteur: Jean-Claude Gabus, directeur de la FST En 1989 au niveau FST, puis en 1991 dans le cadre de plusieurs programmes de recherche menés dans le cadre de la Communauté Européenne, les progrès technologiques accomplis ainsi qu'une vingtaine d'années d'expérience devraient permettre d'envisager sérieusement le développement d’un concept global, rendant interchangeables les diverses entrées ergonomiques et d’y associer, indépendamment, une ou plusieurs sorties (ou “effecteurs”) propres à chaque application. Il s’agira d’un ensemble modulaire et évolutif de téléthèses qui, globalement, devrait être en mesure de résoudre la majorité des problèmes posés par les multiples pathologies des utilisateurs et par la grande diversité des applications (évolutives?) dont ils ont besoin. Pour atteindre cet objectif, il faut commencer à rechercher, dans les appareils et applications actuels, ce qui pourrait être mis en commun à tous les niveaux de façon à simplifier la vie des personnes concernées. En d'autres termes, il faut tenir compte de l’ensemble des connaissances liées à l’application et au développement des téléthèses, afin d’en extraire un concept global! COMMENT ? L’approche prend en considération les divers secteurs d'application, tels que: - le contrôle de l'environnement; - la communication augmentative; - les interfaces "homme (handicapé) - machine"; - la place de travail scolaire ou professionnelle; - le déplacement en fauteuil roulant; - les manipulateurs; - autres (incluant les applications encore inconnues)... Le concept sera ouvert : Les éléments du système ou des appareils complets doivent pouvoir se combiner entre eux, sans restriction, grâce à un standard. Le résultat devra être convivial : Tout devrait être mis en oeuvre pour que l'apprentissage du système soit simple, aussi bien pour la personne handicapée et son entourage que pour l’équipe effectuant la mise en service et l’entretien. Le temps s'écoulant entre la première prise de contact et la maîtrise de l'appareil doit être aussi court que possible. Limites économiques : Un des facteurs déterminant la valeur du résultat d’un projet de téléthèse intégrée et modulaire est directement lié au critère économique et au rapport “prix-performance”. Pour réaliser une application, il est possible d’en faire une approche spécifique (traditionnelle) ou intégrée. Théoriquement, l’approche spécifique est indiquée lorsque l'application est simple et non évolutive. L’approche intégrée se justifie à partir d'un niveau minimum de complexité et dès que plusieurs applications sont souhaitées et/ou présentent un caractère évolutif. En superposant les courbes représentant l’évolution du coût/niveau et le nombre d’applications de chaque approche, il devient déterminant de considérer le point d’intersection des courbes et de décrire le niveau d’application qu’il représente. FIG 5 : PRIX/PERFORMANCES NOMBRE D'APPLICATION équipements spécifiques équipements modulaires integrés zone caractéristique de la demande Le s tandard M 3 S Il s'agit du premier standard existant dans le domaine des aides techniques pour personnes handicapées. Ce standard a été développé dans le cadre de plusieurs programmes de recherche européens TIDE et SPRINT. M3S (MultipleMaster, MultipleSlave) est, en quelque sorte, un langage commun aux différents appareils ou éléments d'appareils. Ce langage a principalement été développé par nos collègues hollandais de TPD/TNO et par le labo de la FST. D'autres partenaires se sont également penchés sur ce projet, en étudiant notamment l'aspect sécurité du standard ou, en développant de nombreuses applications sous ce standard; ils ont contribué de manière déterminante à en faire la critique ou à en compléter les spécifications. Voir la VIDEO M3S. Le projet IRIS Outre sa contributions à la réalisation du standard M3S (se montant actuellement à plusieurs dizaines de miliers d'heures), la FST travaille actuellement au développement, sur M3S, d' une gamme de modules, sous le terme général d'IRIS. Pour bien comprendre de quoi il s'agit, essayons d'imaginer un jeu de légo : trois types de modules sont disponibles. 1) les bleus : ils représentent les unitées d'entrée, telles que claviers, scanner, joy stick, ou reconnaissance vocale, par exemple); 2) les rouges: ils caractérisent les effecteurs, tels que par exemple une voix synthétique ou digitale, une interface pour ordinateur, un contrôle de l'environnement, une commande de fauteuil roulant; 3) les jaunes: ils sont les éléments contenant les fonctions communes aux entrées et aux effecteurs, comme par exemple l'alimentation (les batteries), les unités de sauvegarde, un affichage, etc... Lorsque le professionnel reçoit une demande pour un cas précis, il dresse la liste des modules nécessaires à l'application demandée. Les modules sont alors installés dans le boitier d'IRIS (voir maquette). Un outil permettant de faire communiquer entre-eux ces modules permet de configurer (plus ou moins automatiquement ) ce qui est nécessaire et, en partant d'éléments de base tout a fait standards, il est possible de créer une aide technique UNIQUE, adaptée aux besoins de chaque utilisateur. De surcroît, il faut admettre que la demande est rarement stable; elle évolue dans le temps. Avec un système comme IRIS, et en espérant que ces prochaines années un nombre toujours plus grand fabriquants utiliseront le standard M3S, il deviendra de plus en plus facile de suivre l'évolution de cette demande. Il ne sera alors plus nécessaire de remplacer systématiquemnent les appareils installés par d'autres, mais il suffira simplement de rajouter ou d'échanger des modules. Cela sera plus facile pour tout le monde. Pensons uniquement aux connaissances de base nécessaires à l'utilisation d'une téléthèse : - charger les accus; - mettre en mémoire; - sauver un contenu; - régler ses paramètres. Avec un tel concept integré, ces opérations seront toujours faites de la même façon, quels ques soient les modules en place. Cela sera, defacto, plus facile à utiliser, donc plus convivial. IRIS pourrait remplacer la majorité des appareils que nous proposons aujourdhui. Quand ces modules seront-ils disponibles? Nous ne sommes pas encore très fixés à ce sujet, mais on estime que les premiers appareils pourraient être sur le marché dans une année environ. L'état a ctuel d e la r echerch e La FST participe, depuis 1991, à 7 projets de recherche européens, tous principalement orientés M3S. Pour l'année prochaine, deux nouveaux projets sont prévus et deux autres sont en cours d'évaluation à Bruxelles. Le projet principal, par rapport à M3S, est le projet FOCUS; c'est dans le cadre de ce projet que le standard M3S est finalisé. En mai et juin de cette année, l'évaluation des premiers résultats a été réalisée au Centre suisse des Paraplégiques, à Nottwil, et à la Cassagne, à Lausanne. Évaluation d u s ystème Fin mai/début juin 96, certains résultats de ce travail ont également fait l'objet d'une évaluation en Hollande (IRV, Hoensbroek) ainsi qu'en Suisse (Association Française contre les Myopathies-AFM et la FST). Notre mission consistait à évaluer ce que l'on pourrait qualifier de "l'adaptabilite et la flexibilite" du système M3S dont plusieurs modules ont étés développés dans le cadre de plusieurs projets européens TIDE, soit M3S/FOCUS/MOVAID/LAMP et SPRINT IMMEDIATE. L'évaluation devait être en mesure de répondre aux questions relatives aux deux volets suivants: PREMIER VOLET: Relativement aux appareils disponibles aujourd'hui, dans quelle mesure et à quelles conditions un système intégré et modulaire est-il en mesure de répondre à la grande diversité des demandes en aides techniques permettant notamment d'apporter une réponse aux difficultés liées au déplacement, à la communication augmentative et à l'adaptation à la place de travail ? Tester l'adaptabilité d'un système modulaire consiste principalement à reproduire, aussi bien et rapidement que possible, une configuration existante d'aides techniques conventionnelles, au moyen de ces nouveaux dispositifs. Dans un deuxième temps, et sous réserve que les résultats soient au moins aussi bien que ceux obtenus avec les équipements actuels, il s'agit de comparer la mise en oeuvre nécessaire aux aides techniques conventionnelles relativement aux systèmes modulaires et intégrés. DEUXIEME VOLET: Les limites techniques et économiques des aides techniques actuelles limitent parfois la possibilité de répondre à des demandes spécifiques. Les systèmes intégrés et modulaires normalisés, permettant la combinaison des efforts de plusieurs fabriquants, sont-ils en mesure de repousser les limites actuellement reconnues et à quelles conditions ? Modules d isponibles p our c ette é valuation Lors de cette évaluation FOCUS, nous avons disposés des prototypes des appareils suivants: Entrées (détecteurs): Joystick Joystick conventionnel, monté sur l'un ou l'autre des bras du fauteuil roulant. Springlessjoystick Petit joystick sans ressort de rappel, très "léger" à manipuler. Fingerjoystick Le doigt de la main se déplace sur une surface circulaire, provoquant les même effets qu'un joystick conventionnel. Headrest Sorte de léger casque, détectant les mouvements de la tête selon un axe vertical et horizontal (direction et vitesse du fauteuil par exemple). Sip & puff Simule les fonctions d'un joystick au moyen d'une commande pneumatique. Headmouse Simule les fonctions d'un joystick à partir des mouvements de la tête. Keypad Clavier de 4 par 4 touches. Scanboard (clavier) Le nombre, la taille et le contenu des touches est définissable. Il est également possible de définir un ou plusieurs "fingerjoystick(s)". Scanboard (scanner) Combiné avec ce qui précède, l'accès aux occurrences est possible en utilisant un ou plusieurs capteurs. Également capable de simuler un joystick. Sorties (effecteurs): Fauteuil roulant Fauteuil roulant électrique également muni de la commande électrique de l'inclinaison du dossier, des repose-pieds, et de la hauteur du siège. Nous disposerons de deux fauteuils, certaines applications n'étant actuellement possibles qu'avec l'un ou l'autre des exemplaires dont nous disposons. Navigateur Dispositif d'assistance à la conduite, capable de reconnaître et d'éviter certains obstacles, de suivre un mur, de guider le fauteuil lors du passage d'une porte. Ce système devrait permettre à certaines personnes dont la fiabilité des mouvements est insuffisante, de pouvoir utiliser un fauteuil malgré tout. Contrôle de l'environ. Il s'agit de JAMES //, seconde génération de JAMES. Émulation clavier Permet, par l'intermédiaire de l'une ou l'autre des entrées du système et depuis le fauteuil roulant par exemple, de communiquer automatiquement avec l'ordinateur de sa place de travail, moyennant une transmission infrarouge. Voix digitale Module permettant de créer une tâche de communication augmentée munie d'une voix digitale (sera suivi prochainement d'une voix synthétique; il s'agira alors de ce que l'on peut considérer comme HECTOR ///). Manipulateur Il n'est pas impossible que, dans quelques années, l'utilisation des éléments de contrôle de l'environnement, tels qu'ouvre-portes ou fenêtres, soient remplacés par un bras manipulateur capable d'ouvrir ou de fermer n'importe quelle porte ou fenêtre. Il s'agit du manipulateur "MANUS" hollandais. Pour ce dernier, il s'agira, dans cette phase d'évaluation, d'une démonstration et non d'essais approfondis. Processus d e l'évaluation typ e a) Premier volet Nous commençons par faire l'inventaire et la description des équipements actuels d'un utilisateur, suivi des éventuels compléments souhaités par ce dernier. Ensuite, nous choisissons, dans l'assortiment M3S disponible lors de l'évaluation, les modules correspondant à cette demande et nous les assemblons. Un premier test est mis au point et réalisé; le résultat final est ensuite comparé à ce dont l'utilisateur disposait antérieurement. Il ne sera pas systématiquement nécessaire de tester le résultat avec l'utilisateur, le nouveau système étant destiné à reproduire l'ancien, au moyen de meilleures possibilités d'adaptations. Nous pouvons partir du principe que le temps moyen par cas sera de 30 minutes. b) Deuxième volet Dito, mais en prenant plus de temps. En effet, la partie évaluation par l'utilisateur devra, dans la mesure du possible, être réalisable dans chaque cas (temps moyen: 60 minutes). Résultats d e l'évaluatio n : (voir transparent NOTWIL et CASSAGNE) Liste d es p artenaire s : Ce travail est mené avec le soutien de la Commission Européenne DG XIII, dans le cadre des programmes TIDE et SPRINT. En Suisse, l'appui de l'Office Fédéral de l'Éducation et de la Science est déterminant. Pour votre information, les partenaires de la FST ayant collaboré aux divers projets de recherche et ayant permis ce travail, sont les suivants: Pay s Raison s ocial e Allemagne Evangelische Stiftung Volmarstein Fraunhofer Institut Lehranstalt Fuer Krankengymn. Wilhelm Meyer Gmbh & Co Kg Angleterre Made Associates Penny + Giles Drives Technology Ltd Finlande Nordic Development Centre For Vtt France Centre De Kerpape Cnflrh - Teletheses Service Commissariat A L'energie Atomique Inserm Thomson-Csf Ass. Francaise Contre Les Myopathies Grèce Biotrast Hollande Exact Dynamics Indes Bv Institute For Rehabilitation Research Philips Corporate Design Tno Institute Of Applied Physics Italie Centro Protesi Inail Domus Academy Sm Scienzia Machinale Srl University Of Ancona Irlande Dublin Institute Of Technology Norvège Sintef Rehab Zenit Teknologi Suisse Microswiss (Suisse Occidentale) Suède Permobil Ab Conclusions Il y a quelques années, les utilisateurs considéraient souvent que le mérite des machines était d’exister ! Aujourd’hui, cela ne suffit plus... Les exigences augmentent. L’ingénieur doit consacrer beaucoup plus de temps à son développement. Il ne s’agit pas de produire des prototypes! Nous n'avons pas la prétension d'être prophètes. Nous n'affirmons pas qu'à l’avenir, il n’y aura plus de place pour des appareils spécifiquement développés pour une application. Cependant, travaillant dans le domaine depuis une vingtaine d’années, nous sommes convaincu que les téléthèses doivent, dès que possible, entrer dans ce que l’on peut qualifier “l’âge adulte”. Un des moyens d'y parvenir nous semble correpondre à nos travaux dans le domaine de la standardisation, afin de permettre une approche intégrée et modulaire, plus flexible et mieux adaptée à la diversité de la demande. En conclusion, nous nous demandons si, en résumé, faire face au défi auquels nous sommes tous confrontés, ne consiste finalement pas à concilier... High-Tech, éthique, et tact !... Jean-Claude Gabus, Directeur de la Fondation Suisse pour les Téléthèses Neuchâtel, Suisse 25.10.96/stz
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