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Utilisation de l’écriture phonétique selon le système PHONEPIC

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Utilisation de l’écriture phonétique
selon le système PHONEPIC

du centre de linguistique appliquée de l’Université de Neuchâtel
Le centre de linguistique appliquée (CLA) publiait, en 1987, divers exposés en rapport avec
l’utilisation et l’application de “HECTOR”. Dans ce travail, Françoise Redard met en évidence l’intérêt
que présente, dans la langue française, une approche phonétique (notamment en réduisant le
nombre de frappes nécessaires à l’écriture d’un texte d’environ 50%).
Devant les craintes exprimées par plusieurs enseignants, notamment par rapport au danger d’une
distorsion de l’orthographe lors de son apprentissage, distorsion à laquelle l’écriture phonétique et
l’usage des signes phonétiques internationaux risqueraient d’aboutir, le CLA propose de représenter
les phonèmes en utilisant des pictogrammes, et non des lettres ou des signes phonétiques.
Cette méthode a été testée par le CLA dans quelques jardins d’enfants, au moyen de l’appareil
SYNTHE /// essentiellement. Les résultats de ce travail sont contenus dans un rapport final dont
nous donnons ici le contenu intégral. Certes, l’analogie entre de jeunes enfants non handicapés avec
des personnes handicapées n’est pas évidente. Cependant, ce sont actuellement les seuls
documents dont nous disposons (novembre 1989). Le rapport final (publié tel quel) est le suivant :
Expérience a vec le s ynthétiseur d e p arole " Synthé 3 ", à e ntrée p honologique, a u jardin d 'enfants d u
Collège d e la P romenade, c lasse d e M me V eronika R oquier
Rapport final
Cette expérience s'est déroulée du 19 avril au 14 juin 1989, à raison d'une heure hebdomadaire.
Notre but était de vérifier si des enfants, âgés de 5 ans, ne sachant ni lire ni écrire, étaient capables
de décoder les phonèmes contenus dans un énoncé et d'utiliser un synthétiseur de parole de cette
façon. Pour éviter toute interférence avec la graphie, le Centre de linguistique appliquée a imaginé de
représenter, sur le clavier, les voyelles par des couleurs et les consonnes par des pictogrammes.
Ainsi, la couleur noire représentait la voyelle /a/ parce que ce son est contenu dans le mot, l'image
du soleil représentait la consonne /s/ qui se trouve à l'initiale du vocable.
La classe dans laquelle s'est déroulée l'expérience était composée de 16 enfants, en majorité nonfrancophones
(Portugais, Italiens, Espagnols, Iraniens). Nous avons décidé de n'établir aucune
distinction à ce niveau et de travailler avec tous les sujets.
Chaque séance se déroulait de la façon suivante : 3 ou 4 enfants étaient désignés pour participer à
l'atelier dit "Hector". Mme Roquier et moi-même avons veillé à ce que chaque élève fasse au moins
une fois l'expérience. Ensuite, les plus intéressés à cette activité se proposaient spontanément. De
cette façon, nous avons pu travailler au moins une heure avec chaque enfant, et deux ou même
trois avec certains d'entre eux. Nous disposions de deux Synthé 3, un petit et un grand, disposés
sur une table basse et les enfants venaient s'y installer avec moi.
J'avais établi, préalablement, un programme "scientifique" d'acquisition des phonèmes, allant du plus
simple au plus compliqué, à tout le moins selon mes connaissances d'adulte phonéticienne. Il est
inutile que je présente ici ce programme : il n'a jamais été suivi. En effet, je me suis vite aperçue qu'il
valait mieux obéir aux suggestions et aux désirs d'expression des enfants que de les obliger à
composer des mots qui ne les intéressaient pas. Nous commencions toujours par faire prononcer
les prénoms des enfants présents, à leur demande naturellement. Ensuite, ils proposaient des mots
ou des énoncés, parfois compliqués, que nous exécutions. Au début, je dictais les phonèmes l'un
après l'autre, autrement dit, je décomposais moi-même l'énoncé proposé et les enfants cherchaient
les correspondances phonologiques sur l'ordinateur. Plus tard, certains des enfants ont réussi à
composer seuls les mots de leur choix.
Les résumés concernant chaque séance donnent des détails à ce sujet.
Résultats : 10 enfants, après une séance d'entraînement et grâce à des activités complémentaires
proposées par Mme Roquier, se sont révélés capables de repérer les phonèmes et de composer des
énoncés corrects. 4 autres ont marqué un désintérêt rapide pour cette activité qu'ils considéraient
comme ludique exclusivement. Ces jeux ne manquent d'ailleurs pas d'intérêt pour le chercheur et les
jeunes utilisateurs ont fait preuve de beaucoup d'imagination. Par exemple, tapez 7 ou 8 fois le
pictogramme "pomme" ( /p/ ) et vous obtenez l'effet d'une décharge de mitraillette. 2 enfants ont
réussi à maîtriser le système entièrement, c'est-à-dire à produire seuls les énoncés qu'ils souhaitaient
faire prononcer par le synthétiseur. Il s'agit d'un hispanophone et d'une iraniennne. Le premier a
d'ailleurs bénéficié de cours "privés" car, sa mère travaillant dans le voisinage de mon domicile
chaque vendredi durant 1 heure, l'enfant venait chez moi où nous poursuivions l'expérience avec
un troisième Synthé 3 (les 2 autres sont restés à disposition dans la classe, durant toute la durée de
l'expérience).
A notre avis, il aurait suffi d'un peu plus de temps avec les 10 autres enfants intéressés pour qu'ils
maîtrisent à leur tour le système. Le but nous semble donc atteint : les enfants normaux de 5 ans,
même non-francophones, sont capables, en fonction de l'intérêt qu'ils marquent pour cette activité,
de travailler phonologiquement sur un synthétiseur de parole.
Toutefois, nous avons remarqué certains défauts, au niveau des pictogrammes, qui nous semblent
avoir été une source d'hésitations et d'erreurs.
Les voyelles (couleurs) n'ont jamais posé de problèmes. Elles ont été acquises rapidement et sans
hésitation. Cela peut tenir au choix des couleurs pour les représenter, mais nous pensons que cela
provient aussi du fait que les voyelles sont les "pics audibles" de la parole et donc plus facilement
détectables que les consonnes. Les voyelles nasales n'ont posé aucun problème d'acquisition, même
par des non-francophones ne possédant pas ces phonèmes dans le système de leur langue
maternelle.
En revanche, certaines consonnes donnaient lieu à de longues recherches et hésitations avant d'être
découvertes sur le clavier, sous forme de pictogrammes. Nous pensons que cela peut être dû au
facteur de la moindre audibilité de ce type de phonèmes, mais nous avons pu constater, au cours
de l'expérience, que le problème résidait surtout dans l'ambiguïté de certains de nos pictogrammes.
Voici la liste des pictogrammes qui n'ont jamais posé de problèmes : /s/ = soleil, /∫ / = chaise, /p/ =
pomme, /r/ = roue, /m/ = main.
En revanche, tous les autres sont à revoir et refaire. /f/ = fourchette n'est pas un mot attirant pour
les enfants et peut-être est-il trop long. Une fleur stylisée serait plus appropriée. /v/ = vache prête à
confusion. Ce pourrait être un taureau ou un boeuf. Nous proposons "valise", faute de mieux. /z/ =
zèbre peut être pris pour un cheval (cela a été le cas), mais que proposer à la place ? / / = journal
n'est pas adéquat. Certes, le mot “journal” est écrit sur le dessin, mais les enfants ne peuvent le lire
et cela pourrait représenter n'importe quelle feuille de papier ou une page de bande dessinée. "jupe"
pourrait le remplacer. /t/ = tête est le dessin qui a causé le plus de difficultés, car il pouvait aussi bien
représenter "garçon", "visage", "figure", "cheveux", etc. que “tête”. Les enfants ont suggéré "toit",
"tomate", "tigre"; "table" est aussi possible. /k/ = couteau faisait problème sans que nous sachions
pourquoi (cf. fourchette). Pourquoi pas "coq", "corne", "carotte” ou "croix" ? /b/ = bateau a posé
un vrai casse-tête aux enfants, qui y voyaient "voilier", "eau", "mer", etc. Nous proposons "
bouton", "ballon", "briquet". /d/ = doigt faisait penser à /m/ = main et vice-versa. On pourrait
remplacer ce pictogramme par "dé","domino" ou "dent". /g/ = guêpe était pris pour "abeille" ou
"mouche" ou encore /z/ (le bruit de l'insecte). "glace", "grenouille" ou "gomme" nous paraissent
mieux adaptés. /n/ = "nid" était pris pour "oeufs" ou mal visualisé. "noix" est tout ce que nous
pouvons proposer à sa place. Quant à /l/ = "lit", nous ne savons pourquoi il n'était pas bien
accepté. Peut-être faudrait-il redessiner un lit stylisé, sans draps ni oreillers.
Enfin, le pictogramme "yogourt" /j/ n'est pas nécessaire : la voyelle /i/ le remplace et produit le même
effet acoustique que la semi-voyelle.
Pour conclure, nous pouvons affirmer que l'expérience a été positive. Après les remaniements
pictographiques proposés, nous serons en mesure de présenter ce système "garanti efficace" à des
éducateurs de personnes handicapées.
Neuchâtel, le 7 juillet 1989
Françoise Redard Abu-Rub
Centre de linguistique appliquée
Université de Neuchâtel
Utilisation avec des personnes handicapées
En utilisant le SYNTHE ///
L’appareil SYNTHE /// est particulièrement adapté à ce mode d’utilisation. Il suffit de poser, sur le
clavier, les pictogrammes suivants (colorier les cases correspondantes avant le montage sur
l’appareil):
Utilisation de la méthode CLA-PHONEPIC sur “HECTOR”
Le synthétiseur de “HECTOR” n’est pas initialement prévu pour l’utilisation de phonèmes. Il est
cependant possible de le faire, en créant artificiellement les phonèmes. L’utilisation n’est pas parfaite,
mais permet néanmoins une communication comparable à celle pouvant être obtenue avec
SYNTHE.
Avant d’utiliser la méthode, prenez soin de sauver les données contenues dans votre “HECTOR”
au moyen de la commande CTRL G. L’opération terminée, retirez la cassette et mettez la cassette
CLA-PHONEPIC. Faites la commande CTRL C. Un nouveau programme se trouve dans votre
HECTOR. Sélectionnez la fonction “CHAIN” (la lettre L apparaît sur la ligne de contrôle).
Votre “HECTOR” peut être testé en version “PHONEPIC”. Le clavier est représenté à la page
suivante. Pour chaque touche, le son est représenté par son picto ou sa couleur (sauf pour les
sons UI/OI/ION/ é / X / , qui ne font pas partie de la méthode). En dessous des touches, le son est
représenté orthographiquement et, encore en dessous, tel qu’il est programmé dans “HECTOR”.
Les touches Q/W/H/ sont programmées comme des lettres.
Vous pouvez tester par exemple le mot “bonjour”. Pour cela, appuyez 1/3 de seconde sur les
touches B - 0(zéro) - J - 5 - R, puis sur la fonction TALK. Vous entendrez le mot prononcé. Si vous
observez l’écran, vous pourrez lire “bonhjouhr”, soit une orthographe plus que douteuse. Les
messages utilisant PHONEPIC ne peuvent être lus ou imprimés! Ils ne sont là que pour la parole.
Essayez plusieurs mots et phrases. Vous constaterez que si vous ne mettez pas d’espace entre les
mots, “HECTOR” lira le texte d’une voix monocorde. A vous de savoir comment ponctuer les
textes, afin qu’ils soient suffisamment compréhensibles (si tous les espaces sont mis, la qualité est
celle de la version orthographique).
CLAVIER DE “HECTOR” PHONEPIC en version standard :
La fonction CHAIN doit toujours être sélectionnée lorsque l’on utilise la méthode PHONEPIC. En
gardant une touche appuyée, cette fonction ne permet de lire que des fichiers dont le code contient
UN seul caractère. Pour utiliser des fichiers dont le code contient PLUS D’UN caractère, il faut
donner le code normalement puis faire “MEMO” (lorsque la fonction CHAIN est en place, seul l’effet
de l’action “maintenir une touche appuyée” est modifié, et non celui de MEMO qui reste identique,
avec ou sans CHAIN).
Dans la cassette de démonstration que vous venez de charger dans votre “HECTOR” figurent
quelques fichiers PHONEPIC témoins. Commencez par effacer ce qui figure sur l’écran, puis tapez
11 MEMO et TALK (les fichiers 12, 13 et fst contiennent également des textes de démonstration).
Dans le programme de cette cassette, le temps des statuts (CTRL S K) D est très court. Si vous
programmez D=05, “HECTOR” est facilement utilisable sur le plan orthographique (actions brèves
sur les touches) ou phonétique (actions durant plus que 0.5 secondes).
Si vous souhaitez que “HECTOR” corresponde automatiquement à un clavier phonétique, vous
pouvez utiliser le NIVEAU 1 (CTRL N 1 RETURN). Dans ce cas, l’utilisation de fichiers à codes
multiples est difficile. Il est plus facile de coder tout ce que l’on peut en utilisant les touches
précédées de la MAJUSCULE. Par exemple, MAJUSCULE B = “bonjour tout le monde” (aussi
programmé dans la démonstration). Dans ce dernier exemple, “bonjour tout le monde” est
programmé orthographiquement.
ATTENTION ! SI VOUS AVEZ “HECTOR” EN NIVEAU 1, il est pratiquement impossible d’écrire
ou de créer des fichiers. Dans ce cas, retournez au niveau 0 en faisant CTRL N 0 RETURN.
Ce programme de démonstration devrait vous permettre de vous familiariser avec la méthode.
Il va de soi que la disposition des phonèmes sur le clavier est librement programmable. Seule la
représentation orthographique des phonèmes doit être conforme à celle proposée dans le présent
travail.
En conclusion
En français, ce système peut signifier de 30 à 50% d’économie de frappes, par rapport à un texte
écrit normalement. Ce gain mérite une attention de la part de l’utilisateur comme du professionnel.
Par ailleurs, il n’est pas impossible que ce mode favorise l’accès à une communication créative
(permettant de dire n’importe quoi, même si cela ne se trouve pas dans les mémoires) pour une
partie (que nous espérons importante) des utilisateurs de “HECTOR”, qui ne sont pas encore en
mesure de lire et d’écrire !
Neuchâtel, novembre 1989 GB/nn





 

 

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