74ème Congrès des Suisses de l'étranger Assemblée plénière
"De l'idée à la concrétisation d'une PME en Suisse" Jean-Claude Gabus 1. Qui sommes-nous ? La Fondation Suisse pour les Téléthèses (FST), située à Neuchâtel, a pour objet de mettre la technologie, essentiellement électronique et informatique, au service des personnes handicapées. L'objectif prioritaire de la FST, créée en 1982, reste l’aspect “application”. Aujourd’hui, en Suisse, 2'800 personnes handicapées utilisent quotidiennement les divers appareils de son assortiment et bénéficient des nombreux services qui leur sont liés (information, formation, définition de projets rééducatifs utilisant des aides techniques et leur mise en service, suivi et entretien des appareils). En Europe, environ 4'000 personnes utilisent certaines de nos téléthèses. La FST dispose également d’un laboratoire de recherche et développement, secteur pour lequel elle consacre actuellement 20 % de ses ressources. C'est au moment où l'objet de ses recherches n'existe pas encore sur le marché et si l’intérêt du résultat escompté est reconnu par un groupe d’experts indépendants qu'elle entreprend des travaux. Une part importante de la survie de la FST est due à ce secteur, mis sur pied dès le début des activités de la Fondation. Depuis 1982, au niveau suisse ou européen, la FST a mené 14 projets de recherche et développement dans divers domaines dont l'application de la technologie pour faciliter le choix du maintien des personnes âgées à leur domicile, contribuer à la communication des personnes sans langage verbal au moyen de voix synthétiques, l'autonomie de la personne dans son habitat par le contrôle de l'environnement ou encore la standardisation des aides techniques. Concernant ce dernier point, plusieurs projets menés dans le cadre de l'Union Européenne avec le soutien de l'Office Fédéral de l'Education et de la Science. Ce standard, baptisé M3S est documenté sur INTERNET, à l'adresse suivante: http://www.tno.nl/m3s/ Par ailleurs, depuis 1992, la FST a reçu plusieurs mandats d'experts auprès de la Commission Européenne. L’activité de la FST ne se limite pas au territoire helvétique, 50 % de son chiffre d’affaires est réalisé à l’étranger. Elle emploie aujourd’hui 29 collaborateurs (1996) et son financement repose sur quatre piliers. En Suisse, les prestations de service et le matériel qu’elle fournit aux personnes handicapées sont, en très grande majorité, pris en charge par l’Assurance-Invalidité. Les travaux de recherche et de développement font l’objet de mandats privés ou publics. L’exportation de ses produits contribue toujours plus à ses ressources financières et, enfin, plusieurs importants donateurs soutiennent les activités de la Fondation, restant à être financées. La FST s'est vue récompensée pour l'ensemble de ses activités par l'Association Suisse des Invalides qui, le premier juin 1996, lui a décerné son "Prix de la Réadaptation ". 2. Créer une PME en Suisse, comment ? Je n'ai pas l'expérience de la création d'une petite entreprise dans d'autres pays que la Suisse. De plus, la FST ayant été créée en 1982, il n'est pas impossible que les conditions aient changées depuis et que mon expérience soit, du moins partiellement, aujourd'hui dépassée. Si vous le voulez bien, je me limiterai donc à ce qui me semble être toujours actuel dans la création d'une nouvelle entreprise (que celle-ci se créée en Suisse où ailleurs). Il s'agit fondamentalement de savoir si l'on dispose, dans un premier temps et de manière générale, du profil de futur entrepreneur. Généralement, la réponse à cette question est difficilement objectivable ... en effet, est-il possible de connaître certains de ces critères avant de se "jeter à l'eau"? En ce qui me concerne, je ne puis prétendre avoir eu une vision objective de la situation dans laquelle je me trouverais, face aux réalités d'une telle organisation. Par contre, j'acceptais d'être confronté à cette inconnu et étais prêt à en assumer les contraintes. Mon épouse partageait également mon point de vue (ce qui est essentiel, lorsque l'on est marié et père de 4 enfants...). Ensuite, il a fallu faire un choix entre deux types d'activités diamétralement opposées: - Choisir un terrain d'activités novatrices, dans lequel la concurrence est faible mais le marché peu porteur... - Se déterminer pour un domaine confirmé, dont la demande est clairement identifiée mais où la concurrence est forte. Sans doute est-ce une question de caractère, mais en ce qui me concerne, la première option a retenu toute mon attention. Il faut tout de même mentionner que, dans ce domaine de la technologie au service de la personne handicapée, je bénéficiais déjà de quelques années d'expérience, ce qui, naturellement, apporte une certaine aide. A ce niveau de gestation, l'importance d'un réseau est déjà prépondérante. En effet, comment serait-il possible de créer une nouvelle entreprise sans de nombreux appuis efficaces ? Dans le cas de la FST, les premiers sont venus du terrain qui, interrogé sur la question de la nécessité de créer un organisme comme la FST s'est déclarée, dans sa grande majorité, très favorable. Parmi les prises de contact initiales, j'aimerais citer la Fondation Suisse pour Paraplégiques à Bâle ainsi que la Fondation Suisse en faveur de l'enfant IMC (ou Fondation CEREBRAL) à Berne. Il faut bien sûr avoir confiance en soi et en son réseau. Non pas qu'il s'agisse là d'un optimisme aveugle, mais plutôt d'une confiance née, non de l'occultation de ses propres doutes, mais de la manière de les gérer. Passer les nombreux caps difficiles et bien gérer les situations dans lesquelles tout va pour le mieux. En quelque sorte, naviguer entre ce que l'on peut considérer comme un acquis et les défis qui se présenteront toujours. Ne pas oublier que la création d'une nouvelle entreprise n'est qu'une étape. L'objectif prioritaire restant d'assurer, dans la mesure du possible, la pérennité de ce que l'on a créé, par respect pour soi, les siens et, bien sûr, ses clients... Je ne pense pas qu'il soit utile d'évoquer dans le détail les difficultés que rencontre le jeune entrepreneur dans la recherche d'appuis financiers. Croire que nos banques, dont la première responsabilité est la satisfaction de leurs clients investisseurs, sont prêtes à prendre certains risques est un leurre. En effet, il me semble que la part inhérente des risques liés à la création d'une nouvelle entreprise est incompatible avec les engagements que nos banques, ou du moins certaines d'entre elles, ont vis-à-vis de leurs clients. C'est donc dans cette phase de la création de la FST que, si vous me permettez cette boutade, j'ai compris qu'il était inutile de vouloir "le leurre et l'argent du leurre". Les fonds nécessaires doivent, dans un premier temps, être apportés par l'entrepreneur lui-même. Même si ses moyens sont modestes, ce qui était mon cas, il doit les risquer en premier. Quelle meilleure garantie peut-on donner que de montrer que, au moins, l'on croit à ce que l'on se propose d'entreprendre... Ce sont ensuite des appuis privés qui représentent l'essentiel de la dotation initiale. Les banques m'ont également aidées, mais plus tard, lorsque l'entreprise avait fait la preuve de ce qu'elle pouvait réellement réaliser et avec quelles limites. Dans cette phase, l'appui des banques a été indispensable. Une fois l'entreprise créée, il faut bien sûr qu'elle dure ! Si la création d'une entreprise est parfois difficile, la maintenir, voire la développer, l'est encore plus. Je ne voudrais pas, par ces propos, donner l'impression que l'entrepreneur est un "superman", mais, dans mon for intérieur, c'est une manière d'admettre que le maintien et le développement de ce que l'on a créé ne doit pas être considéré comme acquis. Cette approche, presque philosophique, m'a permis de rapidement réaliser que l'évolution d'une nouvelle entreprise est confrontée en permanence au dilemme que je pourrais exprimer ainsi: "ce qui concourt au succès initial d'un projet peut être considéré comme un paramètre à même de le mettre en péril s'il n'y a pas évolution" C'est là, peut-être, le propre de toute entreprise, même de celles qui existent depuis longtemps. Aussi évident que ce dilemme puisse paraître, j'avoue avoir parfois éprouvé de la difficulté à en tenir réellement compte. Il n'est pas évident de rejeter une méthode, un outil ou une approche qui, après avoir bien servi, devient subitement caduque. 3. Pourquoi, dans quelles conditions et comment faire de la Recherche et du Développement La FST est principalement une société de services. Ceux-ci se justifient cependant par les produits (haute comme basse technologie) que nous fabriquons ou distribuons. Exercer une activité dans le domaine de la recherche et du développement est généré par l'évolution de la demande et de la concurrence. Le succès d'un produit (service ou matériel) a une durée de vie difficile à pronostiquer. Idéalement, le remplacement d'un produit par son successeur devrait être effectif lorsque la concurrence augmente et, de facto, la demande, baisse. Le fait de ne pas anticiper cette situation peut, bien entendu, mettre toute entreprise en péril. Par ailleurs, il me semble utile de préciser que je ne suis pas un inconditionnel du progrès. Il est banal de dire que le progrès va souvent trop vite et il faut envisager qu'il s'accélère d'une manière presque exponentielle. Est-ce souhaitable? Je ne le pense pas. Il faudrait peut-être donner à ce mot une définition plus précise et oser admettre qu'un travail mérite le qualificatif de progrès uniquement si celui-ci apporte réellement une contribution à la qualité de vos vies respectives, dans cette partie du monde ou ailleurs. N'observons-nous pas de plus en plus, des réactions presque "allergiques" au progrès, notamment technologiques ? Il me semble qu'il appartient aussi aux ingénieurs de participer à cette réflexion. A la fin de la célèbre "tirade des nez", Cyrano dit : "je me les sers moi-même avec assez de verve et ne permets point que d'autres me les servent" Sans aller jusqu'à un comportement aussi catégorique, le chercheur devrait contribuer à générer ou définir les limites qu'il se doit, à mon avis, d'apporter à son propre travail. Admettre que, peut-être et de plus en plus, les limites de la recherches seront le fait des philosophes plus que des scientifiques... On pourrait avoir l'impression que, en conditionnant le progrès à certaines règles dans lesquelles l'éthique n'est pas étrangère, je m'y oppose. Loin de moi cette pensée. Concrètement, voyons comment nous procédons, à la FST, de la création à l'appropriation, par le consommateur, du fruit de nos recherches. Première condition : le "quoi faire" Dans la plupart des situations, si l’on demande au consommateur ce qu’il souhaite avoir demain, il restera prisonnier des références de son vécu. En d’autres termes, il éprouvera une grande difficulté à (oser) imaginer l’utilité d’une nouveauté. Si le créateur présente, sur la base d’un projet ou d’un prototype, une nouvelle idée afin d'avoir une appréciation de l’intérêt de sa proposition, il obtiendra, dans les meilleurs cas, une confirmation, parfois partielle, du besoin pouvant être éventuellement satisfait par ce qu’il propose. L'utilisateur, le chercheur, confond la notion de besoin avec celle de la demande générée par celui-ci. Pourtant, c’est cette dernière qui, finalement, validera le produit !Hélas, la notion de demande n’est que très rarement générée par la présentation d’une idée. Ce sont les premières applications du produit qui feront, le cas échéant, réellement naître la demande. Il y a donc prise de risque, directement proportionnelle au caractère novateur du projet. D'une manière générale et pour les raisons susmentionnées, nous ne demandons pas aux futurs consommateurs ce dont ils auront besoin demain. Par contre, nous avons mis sur pied un sondage consistant à savoir en quoi les produits ou les services qu'ils utilisent aujourd'hui leur apportent ou non satisfaction. Sur la base de cette enquête, correspondante au vécu, le chercheur peut élaborer de nouveaux concepts, sensés améliorer ce qui est reconnu comme devant l'être. Dans cette phase de conception, il nous semble préférable, que le futur consommateur ne soit pas trop associé. Nous devons prendre le risque de réaliser suffisamment concrètement le produit envisagé comme réponse à la demande. Quand le produit est assez concret, nous en faisons faire l'évaluation par des utilisateurs. Bien entendu nous devons être disposés, le cas échéant, à corriger et/ou modifier notre travail. Dans notre pays, l’intérêt des citoyens pour le produit "en devenir" n’est pas, me semble-t-il, prioritairement inscrit au palmarès des valeurs les plus cotées. Dans le présent et dans son évolution lente et réfléchie, il existe un certain confort (réconfort ?) auquel l’Helvète cède peut-être plus volontiers que les citoyens d’autres pays. Je ne renie pas l’art de cultiver ces valeurs, mais je déplore que nous considérions comme incompatibles ce qu’il faut peut-être appeler "le droit à la création et à la reconnaissance des valeurs qu’elle véhicule" avec "la valeur de ce qui se pense, se fait, ou s’est toujours pensé et toujours fait" ! Deuxième condition : le “comment faire” Plus le caractère novateur de ce que l’on entreprend est grand, moins la référence à un savoir acquis est théoriquement possible. Dans le domaine de la création, le savoir peut avoir un côté stérilisant, il confère une sécurité et contribue à valider les options prises ou rejetées. Ne pas trouver, dans son propre savoir ou dans celui des autres, les références étayant un projet, peut être - avec une "bénédiction académique" - une excellente raison de ne pas entreprendre. Le créateur doit considérer comme prioritaire non pas ce qu’il sait (ou ce que les autres savent), mais plutôt ce qu’il peut faire de ce qu’il sait et de ce que les autres savent. Dans ce but, faire appel à des équipes pluridisciplinaires est une des solutions, à condition de tout mettre en oeuvre pour que ce type de collaboration "décloisonnée" fonctionne bien. Il faut également admettre qu’une nouvelle idée émane souvent de personnes issues d’autres milieux, le cas échéant, le spécialiste sera cependant le mieux placé pour la juger ou la réaliser. Troisième condition : les moyens et les appuis nécessaires L’initiateur devra convaincre d’autres personnes du bien-fondé de ce qu’il souhaite entreprendre. Sa tendance à minimiser les problèmes auxquels il sera confronté, représente une grande difficulté. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une manipulation de sa part, mais plutôt d’une réaction saine : si le créateur savait à l’avance l’ampleur et la nature des problèmes qu’il va rencontrer, il pourrait hésiter, voire renoncer à son projet. Aussi bonne que soit son idée, il ne doit pas oublier que sa valeur est fragile tant que l’ autre ou les autres ne la partage(nt) pas ! Quatrième condition : la patience ! Si je me réfère aux expériences "créatives" menées par la Fondation, je constate qu’une nouveauté suit un processus en plusieurs étapes. A la présentation d’un nouveau produit, le consommateur crie rarement bravo ! Le créateur ne doit pas s’en étonner et ne pas s’offusquer d’une réponse tiède de l’utilisateur potentiel, mais doit savoir qu’il ne pourra obtenir un jugement fiable que si une "masse critique" suffisante d'évaluations a été entreprise. Cinquième et dernière condition : Y CROIRE ! Le parcours du créateur commence par une prise de risque (pour lui et pour ceux qu’il associe à son projet). Elle est suivie par une série de situations auxquelles, le doute ne cessant de l’habiter, il craint ne pas pouvoir trouver d'issues. Dans notre domaine, créer, chercher et développer signifie se rappeler que l’important n’est pas la performance technologique, mais l’aptitude de l’homme à en faire usage. Il s'agit également, comme dans bien d’autres domaines, de devoir assumer de temps à autre certains échecs pouvant même compromettre la carrière du créateur. Créer, finalement, c’est bien sûr aussi un plaisir, celui de constater finalement qu’une idée nouvelle s’est banalisée, que le consommateur se l’est totalement appropriée. Y croire fait aussi appel, à mon avis, à un type nouveau de relation avec ses propres échecs. En Europe et particulièrement en Suisse, la notion d'échec est trop mal vécue. Dans mon cas, je m'efforce de gérer mes échecs en en tirant le maximum d'enseignements, sans trop me culpabiliser. Cette approche me semble d'autant plus possible que, à l'inverse de l'échec, l'on apprend également à gérer ses succès ! 4. Pourquoi et comment créer et maintenir un réseau La FST consacre 80 % de ses ressources à l'application de nos technologies auprès des personnes handicapées et le solde, environ 20 %, à la recherche et au développement. Cela peut paraître beaucoup, mais il nous semble qu'une petite entreprise dont l'activité fait appel à des technologies de pointe se doit, au minimum, de réserver cette part à ce qui lui assurera l'essentiel de sa pérennité. Le domaine dans lequel nous sommes actifs requiert des compétences propres aux sciences humaines comme aux sciences exactes. Au niveau de la recherche, il serait dangereux d'estimer qu'il est nécessaire de toutes les cumuler au sein de l'équipe. Il est dès lors souhaitable de considérer que le plus important n'est pas d'établir l'inventaire de nos compétences, mais d'en accepter les limites... La seule solution possible, à nos yeux, est la mise en réseau de nos potentialités de recherche. Trouver des partenaires complémentaires, qu'ils soient Suisses ou étrangers, est donc indispensable. Idéalement, la recherche de partenaires doit être nettement en amont de la nécessité de collaborer. Il me semble en effet difficile de créer un réseau en ayant "le couteau sous la gorge". Il faut donc faire preuve, dans la mesure du possible, d'anticipation. Lire, participer à des congrès et des expositions sont les moyens initiaux les plus efficaces. Les "autoroutes de l'Information" que nous utilisons abondamment à la FST, ne doivent pas, à mon sens, être considérées comme des moyens d'entrer en contact, mais plutôt comme un moyen d'échange et de maintien des contacts, soit "d'entretien" du réseau. La FST travaille actuellement en réseau avec plus de 40 partenaires, de 18 pays différents. Pour ses activités de recherche, elle bénéficie de soutiens du Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique ainsi que de l'Office Fédéral de l'Éducation et de la Science (pour les projets de recherche menés dans le cadre de l'Union Européenne). Elle a également la chance d'avoir plusieurs mandats privés. L'expérience que nous avons dans le domaine de la recherche menée en réseau, tant sur le plan suisse qu'européen, nous incite à en faire, en résumé, l'analyse suivante : a) Les chances : - explorer de nouvelles idées ou de nouvelles technologies, apprendre le décloisonnement entre les sciences humaines et exactes, - avoir une idée du marché et des produits pouvant s'y trouver dans plusieurs années, - nous informer sur les tendances de nos concurrents, - nous donner la possibilité de renforcer notre réseau, en Suisse comme à l’étranger, - augmenter le niveau scientifique de notre équipe, - nous faire connaître à l’étranger. b) Les dangers : - négliger ou faire passer au second plan les activités de développement, au profit d'une activité purement recherche - Dans le réseau, le transfert nécessaire de notre technologie à nos partenaires doit être compensé par ce qu'ils nous apportent et par ce que nous pouvons en faire. c) Les conditions : - nos activités dans le domaine de l’application doivent être assurées et restent prioritaires, - disposer des moyens nécessaires (financiers et ressources humaines), - travailler sur des projets ayant un rapport direct avec nos futurs développements. Les bonnes conditions d'un travail en réseau pourrait, à mon sens, également se résumer ainsi : Admettre que l'indépendance n'est pas incompatible avec le sentiment que les autres nous sont indispensables. 5. Concilier R&D et marketing Dans notre pays, il existe actuellement plusieurs formes de soutien dans le domaine de la recherche et du développement, même pour les petites entreprises. Cependant, il me semble que nous devrions faire attention à un aspect parfois négligé par les chercheurs en général : la valorisation des résultats. Dans certains secteurs de l'économie, il semble que pour un franc investi en R&D, 10 soient nécessaires en marketing. Pour la FST, la proportion est d'environ 1 à 1. Dans plusieurs des pays qui nous entourent, les PME peuvent également bénéficier de soutien dans le domaine de la valorisation tout en incluant le marketing. On peut être favorable ou non à cette approche mais il reste néanmoins évident que si l'écart entre les moyens disponibles à l'étranger, comparé à ceux qui le sont en Suisse, devait devenir trop grand, notre compétitivité serait fortement pénalisée. Puissent nos autorités être attentives à cet "effet secondaire" d'un soutien à la recherche ! 6. La Communauté des Suisses de l'étranger peut-elle nous aider ? Mais encore.... Ce n'est pas à moi de décider de l'intérêt, la possibilité et la forme que cette contribution pourrait prendre. Néanmoins, vous représentez un réseau de 350'000 personnes, en Europe et dans le monde. C'est un potentiel formidable. Comme mentionné ci-dessus, la survie des PME (environ 80 % du tissu économique suisse) dépend de sa capacité innovante et des possibilités de disséminer et valoriser ses résultats. Votre Fondation possède un site sur INTERNET. Serait-ce envisageable que, par ce moyen, vous soyez, par exemple, l'hôte de PME suisses cherchant à diffuser leurs produits ou encore de chercheurs souhaitant se faire connaître (en Suisse comme à l'étranger) ? Votre opinion ainsi que vos idées à ce sujet nous seraient très précieuses. 7. Recherche et développement, quel rôle pourraient jouer les PME dans l'avenir ? Le fait qu'une partie des activités de la recherche privée Suisse se délocalise fortement à l'étranger n'est un secret pour personne. Il est difficile de prévoir si ce phénomène se développera dans les mêmes proportions que ces dernières années en Suisse. Si tel devait être le cas, il ne suffirait que de quelques années pour que la recherche privée menée par les grandes entreprises Suisses soit pratiquement et totalement réalisée dans d'autres pays. Cette solution est impensable. Notre pays deviendrait-elle alors une (belle) réserve naturelle, un phénomène attirant les touristes du monde entier ? Non. Priver un pays de sa recherche peut le rendre stérile et cela, personne ne le souhaite. La notion de responsabilité sociale est de plus en plus fréquemment citée dans les milieux économiques et politiques. Une extrapolation des phénomènes actuels de délocalisation de nos grandes entreprises n'est certainement pas réaliste, tant ses conséquences seraient, à mes yeux, catastrophiques. Les PME joueront peut-être un rôle déterminant contre ce phénomène d'érosion. Devant la nécessité de travailler en réseau, considérant que l'un des aspects formidables des "autoroutes de l'Information" de rendre les distances encore plus courtes, elles n'hésiteront pas à collaborer avec le ou les partenaires dont elles ont besoin, quelque soit l'endroit où il(s) se trouve(nt). Sauront-elles compenser les pertes consécutives aux délocalisations auxquelles nous venons de faire allusion ? Par ailleurs, le milieu académique Suisse, de plus en plus confronté à ceux des autres pays, est également en évolution et subit cette concurrence. La globalisation de l'économie inclu le monde scientifique! Pour lutter contre ce phénomène, les jeunes chercheurs seront enclins a, de plus en plus, partager cette petite analyse personnelle que je vous livre ici sans prétention : L'Entropie d u s avoi r Savoir ou penser savoir, connaître ou penser connaître peut présenter un danger : celui de faire naître dans notre esprit le trop confortable sentiment que le doute n'a plus sa place. Le danger que nos pensées et nos actions perdent progressivement le caractère créatif dont l'évolution de notre esprit a tant besoin. Que l'audace ne figure plus dans le peloton de tête de nos valeurs et que nous ne soyons plus suffisamment en mesure de concilier l'histoire et l'avenir, la raison et l'intuition... bref : le danger de sous-utiliser notre intelligence, de ne plus oser nous remettre en question. Il peut en résulter une "stérilisation" de notre action... Il faut oser considérer et reconnaître que ce qui compte avant tout, ce n'est pas ce que l'on sait, mais ce que l'on finit par en faire. 8. Conclusions Lorsque l'on évoque votre communauté, l'on parle volontiers de 5ème Suisse. Je serais heureux si nous vous appelions la deuxième Suisse. Cela aiderait peut-être à considéré que, si notre pays est effectivement composé de quatre régions linguistiques, il ne forme qu'un. Notre Suisse! Le progrès est essentiel et inhérent à toute activité humaine. La recherche et le développement ainsi que la valorisation des résultats ne se présentent finalement plus sous la forme d'un choix. Nous devons y contribuer. Considérons cependant que renforcer notre efficacité dans ce domaine devra tenir compte de considérations d'ordre social et admettre que, peut-être, la limite du progrès sera fixée non par les chercheurs, mais, de plus en plus, par les philosophes. En résumé, concilier... HighTech, éthique et tact ! Jean-Claude Gabus Août 1996
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