Autisme France – Paris, le 23 novembre 2002 Jean-Claude Gabus Le projet B.A.Bar et les personnes atteintes d’autisme ou comment une aide technique « parlante » peut jouer un rôle d’appui dans le processus de communication, et en quoi peut-elle être complémentaire à ce qui se fait déjà ! 1. Pourquoi ? L’état de l’art Sans doute faut-il rappeler que tant une personne sans communication verbale que son entourage n’ont pas attendu des moyens techniques augmentatifs de la communication pour communiquer. Naturellement, une communication naît d’elle-même. Une forme de langage s’établit entre locuteurs et interlocuteurs. Faite de gestes, de mimiques, d’échanges et de regards, cette forme de communication a, même si Monsieur De la Palisse l’eut certainement dit, l’immense mérite d’exister. Dès lors, ce que l’on peut proposer comme moyen de communication utilisant ou non une technologie électronique n’est qu’un levier, un moyen augmentatif ou encore alternatif1 de ce qui existe déjà. Ce mode de communication, qu’il me paraît opportun de qualifier « d’originel », présente d’autres avantages que celui d’exister. Il est le terrain même où se crée l’expérience de la communication avec le ou les autres, il est spontané, il permet des échanges sur le plan affectif dont la qualité n’est que rarement mise en défaut (faut-il impérativement les mots pour dire « je t’aime » ?). Même si la liste qui précède n’est bien sûr pas exhaustive, il est bon de l’expliciter et de la compléter dans une réflexion incluant la famille et les professionnels. Cet inventaire représente en quelque sorte un patrimoine. Il doit être reconnu et ses constituants ne doivent pas être mis en péril lors de l’application d’une aide à la communication. Si ce mode de communication « originel » n’avait pas de faiblesses reconnues, alors il n’y aurait pas de place pour un projet dont le but est d’améliorer la communication des personnes sans un langage oral. A l’origine d’un tel projet, l’analyse de l’état de l’art « communicatif 2» peut les mettre en évidence, même si parfois, il est difficile de voir certaines réalités et d’être explicite à leur propos. Parmi ces faiblesses, l’on peut citer : • Ce mode de communication n’est que peu accessible à des personnes en dehors du cercle familial ou quotidien. Il arrive en effet que des parents ou des professionnels disent « nous n’avons pas besoin d’aides à la communication, nous nous comprenons si bien ! » • Selon le sujet objet d’un débat, il y a un risque important à ne pas être bien compris. Une mauvaise interprétation de ce qui s’échange peut contribuer à détériorer le climat social autour de la personne. Elle peut, à l’extrême et notamment, développer une attitude 1 Leagressive ou résignée. Dans un cas comme dans l’autre, l’on a tendance à conclure que la personne est asociale, principalement à cause de sa pathologie. Il me semble qu’il n’est pas inintéressant de lier ce comportement avant tout ou aussi aux symptômes, soit et dans ce cas à la difficulté de communiquer. • Langage peu différencié : en effet, le nombre d’expressions « exprimables » en langage originel est limité, relativement à un autre mode (pictographique ou oral). Il en résulte un niveau d’échange dans lequel il n’y a que peu de place pour un contenu abstrait. Communiquer que l’on a faim et relativement facile, raconter son dernier week-end est une toute autre affaire…. • Il fait appel à un mode peu social ou coutumier de communiquer ; il peut se révéler un important facteur de non-intégration. 2. Handicap physique, déficience mentale, Comment tenir compte de la différence Mon expérience3 dans le domaine des aides à la communication est essentiellement liée aux difficultés des personnes dont l’absence de communication orale est consécutive à un handicap physique. Ce n’est que depuis une dizaine d’années que nous sommes confrontés de plus en plus à la composante cognitive des symptômes liés au langage. Un handicapé physique sans expression orale utilise u ne a ide à la c ommunication e n temps r éel (par exemple une synthèse de la parole); face à un interlocuteur, son message oral passera par sa machine. Dans le domaine de la déficience cognitive, l’on constate, comme nous allons le voir plus loin, que l’aide technique intervient p rincipalement e n a mont, s oit e n temps d iffér é . Pourquoi ? 3. Déficiences intellectuelles, Quels sont les freins limitant la communication pouvant êtres considérés dans un tel projet ? Loin de moi la prétention de faire, dans ce qui suit, une analyse exhaustive des causes expliquant le mutisme ou l’incapacité d’une personne à déficiente intellectuelle à communiquer. Dans le cadre du projet B.A.Bar, nous avons notamment identifié les causes suivantes : • L’absence de liens entre un concept et la forme verbale qui lui correspond. Soit qu’il n’y a vraiment pas de correspondance (pas de représentation mentale du mot oralisé4, soit que le chemin qui nous permet de le trouver manque5 (c’est le « manque du mot »). Dans ce cas, il est difficile à la fois de comprendre ce que les autres oralisent (ne pas reconnaître les mots ou être en mesure de leur donner un sens) et, de soi-même, prononcer un mot ou une phrase (d’une part ne pas trouver le mot – je l’ai sur la langue – ou, d’autre part, ne pas avoir de langage oral intériorisé, donc d’aptitude à l’oraliser)! • Les difficultés d’apprentissage dont les conséquences se manifestent évidemment dans le processus d’acquisition général des connaissances, mais aussi en particulier lorsqu’il faut mémoriser les notions nécessaires à mieux communiquer, qu’il s’agisse de communication orale ou par l’intermédiaire d’un code pictographique. • Problème liés à la production orale (articulation du langage parlé). 4. Ce que l’on pratique habituellement, Pourquoi le projet s’inscrit-il en complément de ce qui se fait, et non en remplacement? Dans une action pédagogique ou thérapeutique, nous établissons presque constamment une interaction orale, que l’action entreprise le soit dans le but de rééduquer ou d’apprendre à trouver ses mots, leur donner un sens ou encore et pour certains, donner la signification qu’il convient à un ou plusieurs pictogrammes. Dans ces situations, c’est parfois le manque de temps qui pénalise le résultat attendu. En effet, passer plus de temps avec chacun est généralement considéré comme un légitime objectif. Or, il faut souvent déplorer le manque de temps. Trouver un moyen de prolonger une action thérapeutique et/ou pédagogique, donner la possibilité autonome de travailler dans le cadre d’un travail accompli en thérapie ou en présence de l’enseignant spécialisé revêt dès lors une importance particulière. Comme nous le verrons plus loin, B.A.Bar a aussi été conçu dans ce but. Communiquer en s’aidant de pictogrammes peut voir son impact social augmenter si, en même temps, le « papier se mettait à parler » sur demande ou, en d’autres termes, la correspondance orale d’un pictogramme pouvait être prononcée au moment opportun et sur demande. Nous verrons aussi comment B.A.Bar s’inscrit dans cette perspective. 5. Quid B.A.Bar ? Comment fonctionne ce petit objet B.A.Bar se présente sous la forme d’un « gros » téléphone portable que l’on tient dans la main. Il est essentiellement composé de deux éléments : • Une caméra CCD capable de lire les code-barres sans avoir besoin de faire un déplacement lors de la lecture d’un code. • Un enregistreur numérique d’une capacité maximum de 32 minutes. Il peut faire la différence parmi 10'000 code-barres se présentant sous la forme d’une étiquette autocollante ou d’une image informatique que l’on peut copier/coller dans le document de son choix. A chacun des codes peut correspondre un message sonore. Il peut d’agir d’un mot, d’une phrase, d’un acte de langage, d’une musique, de bruit de la rue ou encore de cris d'animaux… Chaque fois que B.A.Bar lit un code, il « joue » le son correspondant, programmé initialement par l’utilisateur ou son entourage. Sa programmation en est la suivante : 1. Choix du contenu Définir ce que l'on veut enregistrer (cela peut être un mot, mais aussi une ou plusieurs phrases, un cri d'animal ou de la musique par exemple). 2. Poser un label Décoller une nouvelle étiquette contenant un code-barres et la placer à l'endroit souhaité (un objet, une image, un texte, dans un livre, sur une feuille d'exercice, etc.) 3. Mode de programmation Présenter B.A.Bar sur l'étiquette, la voyant pour la première fois, B.A.Bar sait qu'il faut la programmer. Il dit alors: "PRESSEZ ET PARLEZ". 4. Enregistrer Presser sur la touche d'enregistrement "R" et la maintenir puis, à une dizaine de centimètres de l'appareil, prononcer le mot ou la phrase de son choix et ensuite lâcher la touche "R" dès que l'on a terminé de parler. B.A.Bar répète ce qu'il a entendu. 5. Confirmer et mémoriser Si cela convient, montrer le même code barres une seconde fois: l'enregistrement est réalisé. Chaque fois que B.A.Bar verra cette étiquette, son contenu sonore correspondant sera produit! 6. Les applications de B.A.Bar ? Quelques exemples d’utilisation de l’objet • « Faire parler » un tableau de communication utilisant des pictogrammes Voici un petit extrait d’un tableau de communication avec des pictogrammes : Cette possibilité a essentiellement trois objectifs : - Contribuer à l’apprentissage du sens d’un picto, l’utilisateur pouvant inlassablement et sur demande entendre le mot qui lui correspond ou la définition du mot et le mot par exemple. - Faciliter, en aval, la compréhension d’un pictogramme pour quelqu’un qui n’en comprendrait pas le sens et qui l’interpréterait à mauvais escient. - Contribuer à rendre l’acte social de communiquer plus proche de la norme, lorsque l’usage de la parole set généralement utilisé. Mon tableau de pictogrammes, mon cahier de vie ou tout document me permettant de communiquer avec les autres est muni de pictogrammes. A chacun correspond un mot correspondant au pictogramme ou/et la définition du mot. • Apprendre les articles qui correspondent à un mot6 Une feuille contient la représentation graphi-que des « mots du jour ». Un codebarre, associé à chaque image, prononce le mot. L’enfant dispose d’éti-quettes amovibles contenant les articles (le, la les…). Il écoute le mot et essaye de placer l’article qui correspond à côté. Il travaille essentielle-ment seul. L’ensei-gnant vérifie ensuite le résultat. • Choisir la chanson qui sera chantée par le groupe lors de l’accueil matinal Un classeur contenant plusieurs chansons est à la disposition de chaque enfant. Ceux qui, malheureusement, n’oralisent pas, utilisent B.A.Bar pour « dire » aux autres ce qu’ils souhaitent que le groupe chante. • Découvrir le menu du jour et le communiquer aux autres Disposée par exemple à côté de l’agenda personnel de chacun, une « carte des menus » contient plusieurs code-barres correspondant à la fois à l’image et au mot écrit des divers plats qui seront proposés à l’occasion du repas de midi. Un enfant sans communication orale peut « raconter » aux autres ce qu’ils mangeront pour leur prochain repas ! Au moyen d’un support comparable, les enfants peuvent, par ce moyen, demander « oralement » d’avoir quelque chose à manger ou à boire. • Apprendre à lire l’heure Une série de code-barres contient l’énoncé oral de diverses heures. A celles-ci correspond l’image d’une montre dont les aiguilles correspondent. L’enfant doit mettre l’image à côté du code qui lui correspond. • J'apprends à reconnaître les mots Plusieurs images, plusieurs mots oralisés, « attachés » à une code barre. J’écoute les mots « attachés » aux codes et je cherche l’image qui lui correspond. Je pose l’image à côté du code. Cet enfant a, parallèlement, développé d’intéressantes possibilités d’oraliser. A force d’entendre ces mots, il a essayé, avec succès, de les prononcer lui même. Les exemples qui précèdent ont étés « glanés » dans les classes de Myriam Ravessoud et de José Duvoisin 7. Ils utilisent B.A.Bar avec des enfants autistes depuis octobre 1998. • Je peux accomplir un travail plus gratifiant… Emmanuel souffre de très sérieux problèmes de mémoire. Si nous trouvons utile d’avoir un agenda pour les jours, les semaines ou les mois, pour lui, c’est pour les minutes qui suivent… Dès lors, accomplir un travail composé de plusieurs tâches dont il faut se souvenir est impossible. La mise en place d’un échéancier contenant toutes les étapes nécessaires à la préparation de la pause café a donné de bons résultats. Après 9 mois, Emmanuel pouvait faire lui-même le café et seuls trois jours d’apprentissages ont étés nécessaires pour que le même processus puisse s’utiliser à l’atelier pour une autre mission 8! Première étape : Emmanuel écoute la première image de l’échéancier qui lui dit : « tu peux remplir le pot avec de l’eau, vas-y ! » Deuxième étape : « Tu peux sortir de l’armoire les tasses et les cuillères ! » Emmanuel a eu l’initiative de poser B.A.Bar sur l’échéancier, après avoir permis à un cadre entourant l’étape précédente de se positionner sur la suivante. Troisième étape : « Tu peux sortir du frigo le lait et les yaourts, vas-y ! » 5 étapes sont finalement nécessaires ; Emmanuel est en mesure d’accomplir lui-même ce travail ! B.A.Bar lui rappelle la signification de l’image propre à la séquence. A l’essai depuis 1998 avec une vingtaine de personnes handicapées, le projet B.A.Bar a fait l’objet d’une évaluation de plus vaste envergure, de mai 2000 à juin 2001. Une centaine d’utilisateurs, 70 personnes (professionnels et familles) en provenance de 37 équipes différentes ont accepté de mettre ce projet à l’épreuve. Sur notre site INTERNET, rubrique B.A.Bar9, nous mettons à votre disposition : • la présentation résumée (français et allemand) de 66 cas • le questionnaire final d’évaluation dans la langue d’origine, pour chaque cas • un total de 88 exemples d’applications (aussi dans la langue d’origine) avec, pour une majorité d’entre eux, la possibilité d’imprimer chez soi les exercices proposés. 7. Le résultat de l’évaluation La synthèse sur une expérience totalisant environ 80 utilisateurs, plus de 9'000 heures de pratique de l’objet et sur la base d’un questionnaire final nous ayant fourni plus de 6'000 réponses !10 7.1. Qui sont les utilisateurs? 30% d’aphasiques (bleu) 16% de trisomiques (jaune) 11% d’enfants atteints d’autisme (rouge) 8% souffrent de dysarthrie (turquoise) 35% présentent des pathologies autres ou« combinées »(violet) 7.2. Quelles sont, dans l’ordre d’importance, les clauses du besoin retenues ? a) mieux communiquer (violet) b) prolonger l’action du thérapeute (bleu ciel) c) mieux structurer une activité (jaune) d) développer de nouvelles activités de loisirs (rose) e) faciliter les apprentissages (turquoise) Considéré spécifiquement pour: l'autisme la trisomie l'aphasie L’on constate que, relativement aux autres pathologies, le domaine de l’autisme donne nettement la priorité à l’amélioration de la communication (violet). 7.3. Autonomie obtenue dans l’utilisation de l’objet Globalement, environ 50% Pour les personnes atteintes d’autisme, un peu plus de 40 % d’autonomie ! 7.4. Modification du comportement Etre privé d’une communication verbale suffisante entraîne des comportements sociaux dont les extrêmes sont l’agressivité et la résignation. Améliorer la communication est souvent synonyme d’un succès dans le domaine AAC en général. Nous avons postulé que cela devait aussi être le cas dans l’utilisation de B.A.Bar. 75% des témoignages confirment une amélioration sensible du comportement (même 92% pour la population trisomique). Dans 25% des cas, l’évaluateur indique qu’il est en mesure d’objectiver l’observation (par exemple lorsque celle-ci émane d’un tiers n’étant pas informé du projet en cours). 7.5. Prendre l’initiative de la communication 64% des évaluateurs confirment une modification dans ce domaine : la personne handicapée prend plus souvent la parole ! Cela pourrait révéler que la crainte de prendre la parole (« je ne peux pas» ou « je ne sais pas», ou encore « l’on ne me comprend pas ») soit atténuée au bout de quelques temps de travail avec B.A.Bar. 7.6. Mieux articuler ou prononcer la parole Mis à part certains aphasiques ne souffrant pas de problème d’articulation, l’on peut préciser que la très grande majorité des utilisateurs ayant participé à l’évaluation ne parlent pas ou très mal. Il n’est pas rare qu’ils ne soient pas du tout compréhensibles pour des non-initiés, voire même pour leurs proches. 63% des enfants atteints d’autisme et 93% de ceux souffrant d’un Down Syndrom ont amélioré d’une manière sensible et souvent objectivement mesurable, leur prononciation (l’objectivité est possible lorsque l’on dispose, par exemple, d’enregistrements antérieurs à l’expérience et que l’on peut comparer). L’on peut probablement imputer ce progrès à la possibilité offerte par B.A.Bar d’enregistrer et immédiatement reproduire ce qui est prononcé (fonction « ECHO »). 7.7. Mieux comprendre le langage des autres Le vocabulaire dit « passif » est souvent limité parmi les utilisateurs de B.A.Bar. Il semble, si l’on en croit les réponses reçues à ce propos, que 58% des trisomiques et 75% des enfants atteints d’autisme se soient améliorés sur ce point. Dans certains cas, les données sont vraiment objectives, basées sur des listes de mots comparées. A l’origine de ce phénomène, il n’est pas à exclure que l’écoute répétée et pertinente de mots considérés comme nouveaux (avec parfois leur définition) puisse contribuer à ce progrès. 7.8. Enrichir son propre vocabulaire Cette question concernait l’aptitude à communiquer, par le langage ou par un tableau de communication. En d’autres termes, le corpus d’items à disposition pour communiquer a-til augmenté ? En moyenne et pour 77 % des cas, l’on a eu la chance d’observer le phénomène. Pour les personnes utilisant un tableau de communication, ce progrès est probablement la conséquence d’une possibilité autonome d’entendre autant que nécessaire la signification d’un pictogramme nouveau ou d’utilisation peu fréquente. Pour les personnes pouvant s’exprimer verbalement, même modestement, nous pouvons notamment imputer ce phénomène à la possibilité de consulter par l’oral et d’une manière autonome des listes de mots, parfois associés à leur définition avec la possibilité de répéter ce que l’on vient d’entendre… 7.9. Appréciation globale Nous avons cherché une question qui pourrait plus ou moins résumer tout ce travail d’évaluation. La dernière question de la liste était : « A l'issue de cette période d'évaluation, pensez-vous que B.A.Bar s'est avéré… ». Les réponses sont les suivantes : 54% répondent « un plus » 22% parlent « d’une autre méthode » 16% n’hésitent pas à dire « indispensable » 4% trouvent « peu utile » 4% trouvent même « inutile » 8. Les utilisateurs atteints d’autisme Dès octobre 1998 avec 7 d’entre eux et depuis mai 2000 avec plusieurs dizaines d’autres cas (B.A.Bar totalise environ 400 utilisateurs en novembre 2002), B.A.Bar est dans les mains de personnes atteintes d’autisme. Qu’en ressort–il ? La comparaison parmi les diverses pathologies de la « clause du besoin » considérée dans l’évaluation de ce projet, montre qu’il n’y a pas de différences vraiment importantes. Riches de notre expérience dans d’autres domaines, il apparaît tout à fait intéressant de considérer les symptômes au moins avec la même attention que le diagnostic. Certains de ces symptômes, et plus concrètement celui lié à la « non-communication » orale, génèrent des situations et/ou des comportements que les personnes souffrant d’une forme ou d’une autre de mutisme ont en commun, pratiquement quelque soit l’origine de leur handicap. Nous serions tentés de généraliser cela, et notamment lorsque les utilisateurs de B.A.Bar sont atteints d’autisme. Si cela se vérifie effectivement sous bien des aspects, quelques éléments spécifiques à cette pathologie sont à relever. PEDAGOGIE STRUCTUREE : la possibilité d’une interaction verbale volontaire entre l’opérateur et son B.A.Bar permet de développer des activités autonomes nouvelles ; celles qui ont besoin d’une consigne verbale. Il semble que le fait que la source soit « neutre » et n’implique pas systématiquement la relation à l’autre facilite ce type d’activités. B.A.Bar semble s’inscrire ici comme un appui des activités « traditionnellement » possibles et d’une manière multi-modale (surtout pour certaines d’entre elles) et offre de nouvelles perspectives là ou la consigne verbale s’avère indispensable. OBJET DE TRANSITION : il est arrivé que B.A.Bar devienne, pour certains, objet de transition. Ce dernier devient plus explicite et socialement plus acceptable ; il peut en effet être porteur de plusieurs messages différenciés (par exemple, "j’aimerais manger"). COMPRENDRE LE LANGAGE ORAL : il semble en effet que, pour plusieurs sujets, il y aie eu initialement un état dans lequel le langage verbal n’avait, apparemment du moins, aucun sens. Pour quelques-uns d’entre eux, parfois par hasard, la situation a évolué. Par exemple, un enfant qui, posant son appareil sur un code à côté d’une image, semble avoir fait le lien entre l’image et le mot oralisé ! Il s’est soudainement mis à témoigner des aptitudes à donner du sens aux mots qu’il entendait. Il dispose aujourd’hui d’une bonne aptitude à comprendre lorsque on lui parle. Il nous semble en effet que, dans d’autres pathologies, c’est le « manque du mot » qui est le problème ; il empêche de dire, MAIS PAS DE COMPRENDRE ! Pour certains sujets atteints d’autisme, rien ne permet de dire que ce phénomène se passera. Pour d’autres et après 4 ans, apparemment seul le mot « KINDER » (signifie la marque d’une sucrerie bien connue) peut être actuellement décodé ! CE QUI N’EST PAS VRAIMENT SPECIFIQUE A L’AUTISME : il nous paraît intéressant de relever que les observations suivantes, faites sur un long terme, montrent des résultats comparables à ceux des personnes trisomiques, aphasiques ou présentant d’autres pathologies cognitives. AUTONOMIE : 40% du temps d’utilisation de B.A.Bar avec des enfants autistes, ce n’est que 10% de moins que la moyenne ! ARTICULATION : B.A.Bar permet vraiment facilement de s’enregistrer et de s’entendre immédiatement. Il en résulte une amélioration parfois importante (voire spectaculaire) des possibilités de prononciation. AMELIORATION DU COMPORTEMENT : 75% des évaluateurs décrivent une amélioration du comportement ; cela correspond exactement à la moyenne générale. UTILISER B.A.BAR POUR COMMUNIQUER « DIRECTEMENT » : il n’est pas rare qu’un enfant utilise spontanément l’objet pour communiquer. Utiliser la phrase "j’aimerais quelque chose à boire" versus tirer un adulte par la manche pour l’entraîner à la cuisine ou encore, lors d’activités structurée, utiliser B.A.Bar pour demander de l’aide, est un progrès important et permet un acte social plus proche de la norme ! Plusieurs utilisateurs se servent des 4 touches de communication directe que B.A.Bar propose pour « dire » : • Aide-moi , s’il te plaît • Je suis content • Je suis fâché • Laisse-moi tranquille 9. Conclusions Si l’on voulait affirmer scientifiquement l’apport de B.A.Bar dans ce domaine… S’il fallait scientifiquement qualifier son apport, nous ne pourrions certainement pas répondre aux plus sévères exigences, n’ayant par exemple pas travaillé en parallèle avec des enfants utilisant ou n’utilisant pas B.A.Bar. Notre conviction repose sur la comparaison d’expériences menées antérieurement et, avec les mêmes enfants parfois, ultérieurement avec B.A.Bar. Actuellement, ce projet bénéficie de plus de 4 années de recul. 400 personnes l’utilisent quotidiennement. S’il est porteur de résultats plutôt encourageants, il ne faut pas pour autant s'y lancer prétextant la certitude d’une réussite. Par contre, il repose actuellement sur suffisamment de résultats pour pouvoir décider d’en faire l’évaluation avec un cas individuel. Postuler la réussite d’un projet ne doit pas être incompatible avec la possibilité de gérer l’espoir qu’il suscite. Appliquer B.A.Bar n’est pas en soi très compliqué. Il nous semble cependant très important, avant d’entreprendre un projet permettant d’en connaître la pertinence, de suivre une formation. Quelques organismes en proposent actuellement. Neuchâtel, le 23 novembre 2002 Jean-Claude Gabus, concepteur du projet et directeur de la Fondation Suisse pour les Téléthèses (FST) à Neuchâtel, Suisse
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