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Quo Vadis // Programme des interventions à l'occasion de l'ina

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Quo Vadis //
Programme des interventions à l'occasion de
l'inauguration officielle

Centre de Psychiatrie Gériatrique de l'Hôpital Psychiatrique
Cantonal de Perreux (Boudry-Neuchâtel) – 7 & 8 mars 002

1. Introduction
La Fondation Suisse pour les Téléthèses (FST), créée en 1982, a pour but de mettre la
technologie au service des personnes handicapées et de leur entourage. Avant tout active
dans le domaine de la communication des personnes sans langage, de l’adaptation d’une
place de travail lorsque les mains ne peuvent utiliser le clavier ou la souris d’un ordinateur
ou encore favoriser l’autonomie d’une personne gravement paralysée, la FST ne s’intéresse
que depuis 1992 aux problèmes posés par le vieillissement de la population, ou plus
particulièrement aux handicaps qui sont liés à ce phénomène.
Le système QuoVadis, que nous inaugurons aujourd’hui, représente l’aboutissement d’un
travail dont certains aspects ont étés explorés en 1992 déjà. A cette époque, et avec le
soutien du Fonds National, c’est en collaboration avec le Centre de psychiatrie gériatrique
de Perreux (CPG – Intégré dans l’Hôpital Psychiatrique Cantonal de Perreux à Neuchâtel),
l’Ecole d’ingénieurs du Locle (HES-SO) et l’Institut de sociologie de l’Université de Neuchâtel,
que nous avons réalisé et évalué le concept d’une technologie destinée notamment à
« ouvrir » un espace de liberté aux personnes sujettes à l’errance en milieu gérontopsychiatrique.
C’est sur la base des résultats obtenus de 1992 à 1994 que la FST a conçu la deuxième
génération de son dispositif initial. Réalisé entre 1998 et 2002, c’est ce dispositif qui, en
première mondiale, est inauguré ce jour dans l’hôpital neuchâtelois.
2. Quel est le problème posé ?
L’importance du vieillissement de la population n’est un secret pour personne. La maladie
d’Alzheimer et les affections apparentées touchent, en Suisse, environ 80'000 personnes.
Parmi les symptômes, la désorientation et l’errance qui en est la conséquence entraînent
souvent et malheureusement le confinement de ces patients dans un espace restreint.
En milieu hospitalier et dans les unités accueillant des cas sévèrement atteints, même l’accès
à leur propre chambre n’est possible qu’en présence d’un membre du personnel. Il faut
imaginer en effet ce qui peut se passer lorsque une personne, convaincue qu’elle se trouve
dans sa chambre, ne comprend pas pourquoi ses vêtements ne sont pas dans son armoire
ou qu'elle quitte l’unité où est elle soignée…
L’espace accessible aux patients hospitalisés dans ce type d’unité est généralement
déterminé par l’état des sujets les plus sévèrement atteints. Idéalement, l’on peut dire que
l’espace devrait être accessible individuellement à chacun, en fonction de son aptitude à
gérer les lieux dans lesquels il lui est donné de se repérer.
Le Dr. James Renard, Médecin chef du CPG, et Monsieur Gilbert Fallet, Infirmier-chef,
décrivent plus en détails les situations dans lesquels ces patients se trouvent et quelles en
sont les conséquences, tant pour eux, leur familles ou le personnel de l’établissement
hospitalier (pages 6-7 et 13).
3. Quelle solution technique apporter ?
Dès 1992, la FST disposait d’une technologie qu’elle avait développé pour les EMS et
destinée à contribuer à ce que les pensionnaires « devenus déments » puissent, le cas
échéant, rester dans leur cadre habituel de vie, sans avoir impérativement besoin d’être
déplacé dans une structure médicalisée spécialisée, généralement « fermée ». Baptisée
QuoVadis / (« un »), ce dispositif équipe actuellement plus d’une centaine d’établissements
médico-sociaux dans toute la Suisse.
Essentiellement, QuoVadis / avertit à quel endroit une personne particulière quitte un
périmètre à l’intérieur duquel elle est en sécurité.
QuoVadis / ne peut pas satisfaire le cahier des charges d’une installation en milieu hospitalier
spécialisé notamment pour les raisons suivantes :
• Identifier qui se trouve devant une porte afin d’en rendre ou non possible
l’ouverture demande une précision de l’ordre d’une trentaine de centimètres ;
QuoVadis / n’est pas assez précis.
• Déterminer un programme d’accès individuel dont les diverses variantes
dépendant de plusieurs facteurs (le patient est seul ou accompagné – il est avec
un membre du personnel ou de sa famille – à quel endroit se trouve-t-il et à quel
moment de la journée).
• Rendre le dispositif très interactif, capable d’induire plusieurs types de
fonctionnement à un ou plusieurs ascenseurs, portes de communication ou de
chambres.
• Etre capable de détecter plus d’une dizaine de porteurs de carte et lire et traiter
simultanément des centaines d’événements par seconde générés depuis la
chambre du patient jusqu’aux plusieurs hectares représentant par exemple le
domaine d’un hôpital.
• Être potentiellement en mesure de gérer et d’emmagasiner les millions de faits liés
aux déplacements ou aux tentatives d’actions entreprises par les patients si,
dans la perspective du choix d’un traitement, un suivi objectif et précis de
certains comportements devenait essentiel (par exemple, pouvoir affirmer qu’une
personne ne se trompe plus de chambre peut signifier son possible retour dans
une EMS « ouvert »).
QuoVadis // (ce qui peut être traduit comme la deuxième variante du système QuoVadis) est
en mesure d’identifier et de localiser les porteurs d’une carte (grandeur d’une carte de
crédit, mais de 3 mm d’épaisseur) au moyen de dispositifs radio de haute fréquence installés
aux endroits « cruciaux ». Dans le cas de l’hôpital de Perreux, ce sont ainsi 38 portes
(chambres, couloirs, escaliers ou encore ascenseurs) qui sont ainsi « sous surveillance »,
sans compter les extérieurs, balisés eux aussi. Une vingtaine de petits ordinateurs en réseau
gèrent l’ensemble soit, notamment :
• Transmettre des alarmes si des zones dangereuses sont atteintes malgré tout par
des patients non autorisés…
• Gérer le « programme de liberté » individuellement programmable pour chaque
patient…
• Adapter immédiatement un programme « jour-nuit »…
• Gérer, en quelques dixièmes de secondes, un programme d’urgence « feu »
• Tester continuellement le bon fonctionnement du système et signaler les
éventuels défauts…
• Permettre au personnel de programmer lui-même et autant que nécessaire le
degré de liberté des patients, par exemple en fonction de leur état de santé…
• S’assurer que, en cas de perte de la carte ou de la non-lecture de celle-ci,
QuoVadis// « s’efface » et le patient se trouve dans la situation dans laquelle il ne
manquerait pas d’être si l’hôpital dans lequel il se trouve n’en était pas équipé.
• Etre sûr que, dans tous les cas, « l’homme » muni d’une clef passe-partout
domine toujours le système ; QuoVadis // ne remplace pas l’expertise d’une
équipe médicale, ne décide rien… et se contente d’être un appui pour l’équipe qui
a la responsabilité de la prise en charge de ces patients.
Si la FST a conçu et réalisé le système, une collaboration initiale avec l’école d’ingénieurs du
Locle (HES-SO) a permis de faire le choix des éléments du réseau de communication en nous
épargnant de devoir les développer de A à Z ; notre système avait trouvé « ses rails ». Sur
le plan interne, la conception et la responsabilité du projet on été confiés à Jean-Claude
Gabus, le développement purement technique (hard et soft ware), l’installation et la mise au
point est le travail de M. Yves Muehlebach.
L’étroite collaboration avec l’équipe du CPG ( Le Dr. Renard, son infirmier chef M. Fallet et
ses collaborateurs) est une contribution essentielle aux résultats obtenus. Pour ne citer
qu’un exemple, il nous a fallu quatre mois de travail incluant une séance commune par
semaine avec le CPG pour établir le cahier des charges de ce qu’il convient d’appeler les
« tables de vérité ».
Ce ne sont en effet pas moins de 40 pages qui consignent, du moins l’espérons-nous,
toutes les principales situations que le système est à même de gérer (plusieurs milliers), en
fonction de, par exemple :
• Le degré de liberté
• Le lieu considéré
• Qui est avec qui
• Le moment de la journée
• etc…
Notre site INTERNET www.fst.ch contient une présentation interactive multi-média (français
ou allemand) qui permet de « se promener » virtuellement dans ce projet (cette réalisation
avait été financée par la Confédération dans le cadre du projet « Science et Cité » en juin
2001).
4. Quels sont les résultats ?
Certaines parties du projet ont été mises en service en mai 2000, d’autres en octobre de la
même année. La circulation verticale est devenue fonctionnelle depuis un peu plus de six
mois seulement. L’inauguration intervient donc après plusieurs mois d’utilisation. Son
développement et sa mise en place ont duré de 1998 à mars 2002 ; nous avons eu, les uns
et les autres, le temps nécessaire à un travail bien élaboré et dont l’appropriation, tant par le
personnel, les patients et les familles, s’est fort bien déroulé (avoir le privilège de se donner
le temps nécessaire est vraiment, à notre avis, déterminant).
De la page 8 à la page 15 de ce dossier, se trouvent consignés les premiers résultats
obtenus, vus tour à tour par plusieurs membres du personnel infirmier, d’une
ergothérapeute ou encore des familles, il se dégage de cette évaluation notamment les
éléments suivants :
• Faculté d’adaptation d’un patient au milieu hospitalier plus rapide, diminuant le
risque ajouté d’une dépression ou d’une décompensation consécutive à l’entrée à
l’hôpital.
• Une atmosphère plus détendue et un climat plus serein, au sein des patients euxmêmes,
mais aussi dans leur relation avec le personnel et les familles.
• Facilitation, pour le personnel, face à la gestion de l’ouverture et de la fermeture des
portes.
• Assumer, en contre-partie, les conséquences d’une liberté améliorée pour les
patients (ne plus savoir facilement où ils se trouvent…)
• Faciliter, voire inciter les familles à visiter leur patient plus facilement et plus
souvent…
5. Quelles sont les perspectives ?
S’il existe actuellement des systèmes comparables à QuoVadis/, cette installation est
actuellement et à notre connaissance unique au monde. Peu d’hôpitaux connaissent
l’existence d’un tel dispositif ou, assurément, des résultats obtenus.
Moyennant une étude appropriée, QuoVadis // peut être installé dans n’importe quel hôpital
du même genre. Si, pour la première installation, 38 portes et 15 hectares ont été installés
pour un budget d’environ Fr. 730'000.—.
La même installation pourrait coûter moins de la moitié aujourd’hui (frais de développement
amortis). Il n’appartient pas à la FST de déterminer la pertinence de cet outil dans la prise en
charge de tels patients ; seuls les milieux médicaux et ceux représentant l’intérêt des patients
pourront le déterminer. La FST est à disposition, le cas échéant.
Sur le plan de la recherche, les perspectives offertes par un suivi statistique de certains
comportements des patients pourraient un jour être considérées comme indispensables.
Nous ne pouvons pas exclure que cet aspect pourrait, à lui seul, faire l’objet d’un nouveau
projet.
L’avenir le dira !
Aux pages 16 et 17, le Dr Dietschy s’exprime sur ce sujet et nous fait part de la vision
d’avenir que ce projet lui inspire.
6. Aspect éthique
Un tel projet se doit d’avoir des considérations d’ordre éthique. En collaboration avec le
CPG et la Ligue Alzheimer Suisse, une charte a été rédigée :
La surveillance électronique des personnes errantes...
1. Doit contribuer au maintien de la personne errante dans son environnement
familier.
2. Doit augmenter ou préserver la liberté de la personne .
3. Doit améliorer ou préserver la relation entre la personne errante et son
entourage.
4. Doit être acceptée par la personne et son entourage. Cette décision est
révocable.
5. Doit respecter la dignité de la personne.
7. Remerciements
En 1997, ce projet avait été budgétisé à Fr. 670'000.— (sans compter les travaux menés
dans le cadre de l’école d’ingénieurs, pris en charge par la Fondation SOVAR pour un
montant de Fr. 60'000.—).
Actuellement, les travaux accomplis par la FST l’ont été pour un montant d’environ Fr.
730'000.--, en tenant compte du travail nécessaire au suivi statistique des événements, non
prévus initialement.
Les fonds nécessaires à cette réalisation ont étés possibles avec l’appui de :
• La Confédération (programmes de relance) : Fr. 55'000.—
• Le Canton de Neuchâtel : Fr.200'000.—
• Le Fonds Junod (Genève) Fr.250'000.—
• Fonds Gabus (La Chaux-de-Fonds) Fr.170'000.—
• Solde non-couvert actuellement Fr. 55'000.—
La FST remercie vivement ses donateurs qui, par leur important soutien, on permis le
financement de ce projet.
Elle remercie aussi l’équipe de Perreux pour l’audace qu’ils ont montré et la confiance
témoignée à notre petite équipe.
Il nous plaît, en guise de conclusion, de rappeler que ce genre de projets voient leurs
chances d’aboutir si leurs protagonistes combinent harmonieusement les trois paramètres
suivants :
HighTech, Ethique… et Tact !
Neuchâtel, les 7 et 8 mars 2002
Description du problème
Dr James Renard, Médecin chef
Centre de psychiatrie gériatrique (CPG)
Hôpital psychiatrique cantonal
Perreux (NE)
Données c liniques e t é pidémiologiques s ur les d émences d e la m aladie d ’Alzheimer
et d es a ffections a pparentée s .
La maladie d’Alzheimer, dans sa forme pure ou mixte avec des atteintes vasculaires, représente
environ les deux tiers des cas des démences.
D’autres maladies, moins fréquentes, sont aussi des causes de démence. Elles sont identifiées
sous des termes tels que : la démence à corps de Lewy, les démences fronto-temporales, les
démences d’origine vasculaire, et bien d’autres encore.
Il ne s’agit pas ici de se donner les moyens de faire ces distinctions, mais de relever que les
difficultés de comportement, dont celui de l’errance, peuvent être présentes dans toutes les
formes de démences.
Ainsi, la technologie dont nous parlons aujourd’hui, est utile aussi aux malades qui n’ont pas la
maladie d’Alzheimer.
Une démence peut être définie comme une affection irréversible du cerveau, destructrice,
généralement de nature chronique ou progressive. Les conséquences sont une atteinte des
capacités cérébrales supérieures dont la mémoire, la pensée abstraite, l'orientation, la
compréhension, le calcul, la capacité à apprendre, la capacité de jugement et le raisonnement. Ceci
entraîne des difficultés dans la gestion et la réalisation des activités de la vie quotidienne, voire
professionnelles.
Cette définition, opérationnelle pour les médecins, n’est cependant pas très utile pour
l’organisation des soins. Ceux-ci se basent sur les conséquences des difficultés décrites cidessus
: les troubles de l’orientation dans le temps et l’espace, le besoin d’assistance pour les
activités de la vie (ce qui définit un handicap ou désavantage social), souvent la restriction de la
capacité de discernement et surtout les difficultés comportementales. En effet, ce sont ces
difficultés qui représentent aussi un grand besoin de soins.
La maladie d’Alzheimer et les affections apparentées touchent un grand nombre de personnes
âgées.
Les chiffres proposés pour la Suisse sont actuellement de 80'000 personnes qui sont atteintes
par une démence.
Les proches, tels que le conjoint, les membres de la famille, le voisinage, sont dès le début de la
maladie concernés par les difficultés du malade.
Le dépistage et le diagnostic précoce, gages d’une prise en soins, ont fait des progrès sensibles
ces dernières années. Les médecins de premiers recours sont plus engagés et les progrès sont
visibles dans la coordination avec les spécialistes (gériatres, neurologues, géropsychiatres).
Les thérapeutiques médicamenteuses spécifiques de la maladie d’Alzheimer (Aricept, Exelon et
Reminyl, apparus dans cet ordre en Suisse) et de quelques autres formes de démences ont aussi
contribué à sortir du nihilisme thérapeutique qui régnait souvent dans le traitement des malades.
Les p hénomènes d ’errances e t d e d éambulations r encontrées d ans la p rise e n s oins d es m alades
souffrant d e d émence d e la m aladie d ’Alzheimer.
La maladie d’Alzheimer et les affections apparentées ne se ressemblent pas. Je veux dire par-là
que c’est à chaque fois une autre personne, un autre individu qui est atteint par la maladie, ainsi
la présentation de la maladie est très variable dans son apparence. Lorsqu’on écoute les patients
et les familles évoquer leurs difficultés, on prend conscience de ces grandes différences
individuelles.
Mais dans cette disparité nous pouvons mettre en évidence des ressemblances, des analogies.
Lorsque l’hébergement constitue une des missions de soin de l’établissement, il est fréquent que
le malades souffrant de démence présentent de la désorientation (dans l’espace, le temps et
quant à la situation), de la déambulation, de l’errance, des fugues.
Les principaux événements liés à l’errance que cette installation technique Quo Vadis peut gérer
sont :
• La personne malade n’a pas pris conscience qu’elle est à l’hôpital ou dans un home et
elle projette de sortir de l’établissement. Puisqu’elle est désorientée, elle se perdra à
l’extérieur, si elle parvient à sortir. Elle risquera un danger pour elle-même et pour
autrui, par exemple en traversant la route.
• La personne éprouve le besoin tout à fait naturel de marcher. Cette déambulation doit se
faire dans un espace sécurisé, en évitant que la personne ne sorte sans surveillance de
l’hôpital ou du home.
• La personne désorientée a de la peine à trouver sa chambre, malgré qu’il y ait son nom
sur la porte. Elle entrera par mégarde dans la chambre d’une autre personne, s’installe
dans son lit, met tout sens dessus dessous à la recherche de ses affaires qu’elle ne
trouve pas.
• Par cette désorientation, elle est handicapée dans la possibilité d’utiliser sa chambre
personnelle.
Les résultats qui découlent de Quo Vadis // vous seront présentés dans les interventions
suivantes.
Perreux, le 7 mars 2002
Quo'Vactivities
L'influence du système de contrôle électronique des accès "Quo Vadis //" sur les activités
de la vie de tous les jours de patients déments dans une unité de soins, fermée.
Madame Isabel Margot, ergothérapeute spécialisée
Centre de psychiatrie gériatrique
Perreux (NE)
Remarque : Veuillez prendre note que ce travail de recherche n'est pas terminé, que des nouvelles
données peuvent encore venir modifier les résultats. Ceux-ci sont à prendre avec toutes les
précautions nécessaires.
Introduction
En raison de la diminution de leurs fonctions cognitives, les personnes âgées atteintes d'une
démence perdent progressivement toute autonomie dans les activités de la vie de tous les jours.
L'ergothérapie, dans ce domaine, s'applique à mettre les patients en situation et à les faire participer
aux activités, afin de maintenir leurs compétences, leur identité et leur lien avec la réalité. Un système
de contrôle électronique des accès, tel que Quo Vadis //, modifie sérieusement l'environnement du
lieu de vie des patients hospitalisés dans le pavillon le Jardin des Ormes, CPG, Hôpital psychiatrique
cantonal de Perreux. Vu le caractère novateur du système Quo Vadis //, peu de littérature existe sur
ce sujet. Il est donc important d'évaluer son influence sur les activités des personnes âgées
hospitalisées.
Méthodologie
Pour connaître et mieux comprendre ce que peuvent vivre les personnes âgées atteintes d'une
démence, j'ai choisi une méthodologie qualitative avec un design de type ethnographique. La récolte
des données utilise l'observation participante, des notes de terrain, des interviews du personnel,
des photos et des artefacts. L'analyse des données utilise une méthode comparative du contenu des
différentes sources d'information.
Résultats préliminaires
Les premiers résultats montrent déjà des bénéfices importants pour les patients : d'une part, un
renforcement de l'identité, facilitée par le contrôle du "territoire", principalement par l'accès protégé à
un espace privé, à savoir la chambre; d'autre part, il semble que le temps d'adaptation soit plus
court entre l'arrivée dans l'unité de soins, un moment toujours traumatisant, et les premières prises
de repères spatiaux, grâce à un système qui facilite l'apprentissage des cheminements.
Par contre, il ressort un manque de fiabilité du système électronique. En effet, le type de patients
utilisant ce système nécessite une validation non-intentionnelle. Les bénéfices sus-mentionnés sont
proportionnels au succès de l'activité entreprise par la personne hospitalisée (ouvrir la porte de sa
chambre, parcourir les couloir, ranger ses affaires dans sa chambre, etc.). De plus, les personnes
avec une démence ont tendance à oublier, à perdre ou à jeter leur carte, ce qui rend caduque leur
utilisation du système.
Discussion
L'étude n'étant pas encore terminée, il est encore difficile de discuter les résultats.
Par contre, certains aspects éthiques méritent d'être mentionnés, tels que le consentement éclairé
des patients et du personnel, le fait que cette recherche s'effectue sur mon lieu de travail ou la
confidentialité des identités des participants.
Quelques points de méthodologie prêtent à discussion, tels que la subjectivité inhérente à une
méthodologie qualitative (fiabilité et validité des résultats), le fait que je connaisse les patients et le
personnel avant le début de l'étude, ou la coordination de plusieurs sources d'information.
Conclusion
Il sera important de coordonner les résultats obtenus concernant la fiabilité du système, afin de
trouver des solutions et de l'améliorer.
Il serait intéressant de faire une recherche consécutive, avec plus de temps, et de pouvoir comparer
une unité équipée du système et une non équipée, afin, d'une part, de vérifier la constance des
résultats et, d'autre part, d'affiner encore les bénéfices ressentis par les patients avec une démence.
Soutien
Ce travail de recherche se réalise dans le cadre du programme universitaire européen de maîtrise en
science en ergothérapie, avec supervision par le Karolinska Instiutet, Stockholm, Suède.
Cette démarche est rendue possible grâce aux conseils du Dr. Renard, médecin-chef CPG et au
soutien financier de l'Hôpital psychiatrique cantonal de Perreux.
Je remercie également M. Jean-Claude Gabus et la FST pour leur soutien, leur encouragements et
l'autorisation d'utiliser leurs publications et données techniques en référence.
Perreux, le 7 mars 2002
Résultats obtenus
Mme Christelle Pergod, infirmière cheffe de pavillon
Mme Nancy Draulans, infirmière cheffe adjointe de pavillon
M. Gilbert Fallet, infirmier chef
Centre de Psychiatrie Gériatrique
Hôpital psychiatrique cantonal
2017 Perreux
Nous allons vous exposer au travers de 6 situations concrètes l’application du système Quo
Vadis //. Si certaines de ces situations offrent des mieux être et un bénéfice de qualité aux soins,
d’autres ont l’avantage de susciter la réflexion et la recherche, de remettre en cause le quotidien.
Première situation
Le patient à qui nous faisons référence est âgé de 74 ans et souffre d’une démence à corps de Léwy
, avec des périodes de confusion qui accentuent les risques de fugues.
Il se déplace en fauteuil roulant de façon autonome et a accès à sa chambre et aux espaces
communs : la salle à manger, les couloirs, la salles communes ainsi que le jardin thérapeutique.
Il se rend à différents moments de la journée dans sa chambre, pour regarder la télé, écouter la
radio, s’occuper de ses affaires, manger un petit gâteau... .
Depuis qu’il est porteur du badge Quo Vadis //, il peut se rendre dans sa chambre autant de fois
qu’il le veut, en toute autonomie et liberté, alors qu’auparavant il devait faire appel au personnel
pour qu’on lui ouvre sa porte, et parfois avec de l’attente…
Du fait de sa pathologie, il est parfois confus et cherche à sortir du bâtiment. Dans ces cas, il peut
très vite se retrouver dans l’ascenseur qui restera immobilisé à l’étage et le système informera le
personnel de cet état.
Conclusion : Dans ce cas, le système montre toute son utilité.
Deuxième situation
Une patiente, âgée de 85 ans, est atteinte d’une démence de la maladie d’Ahlzeimer avec des
troubles mnésiques importants. Elle est autonome dans sa mobilité et accède à sa chambre et aux
espaces communs.
Avec le badge Quo Vadis // elle bénéficie d’une grande liberté d’allées et venues. Mais comme elle ne
veut pas le porter sur elle, elle le garde dans son sac et parfois l’oublie sur une table. Elle redevient
alors dépendante du personnel soignant pour accéder à sa chambre.
Par ailleurs, du fait de sa pathologie, elle oublie, au fur et à mesure qu’on lui explique, le principe du
badge et cherche toujours la clef pour ouvrir la porte de sa chambre.
Conclusion : Dans ce cas, le système à des limites liées à la pathologie de l’utilisateur et non pas liées
à la technologie utilisée.
Troisième situation
Un patient, âgé de 86 ans, souffrant de dépression sévère, a été admis dans l’unité du Jardin des
Ormes pour des risques suicidaires. Il est autonome pour ses déplacements et dans les activités de
la vie quotidienne.
Au début de son séjour, il avait accès à sa chambre et aux espaces communs. Au cours du temps,
du fait de l’amélioration de sa santé mentale, son badge a été reprogrammé. Il a pu, dans un premier
temps, accéder aussi aux salles de musicothérapie et d’ergothérapie à l’étage inférieur et dans un
deuxième temps, à l’ensemble du site de Perreux. Il pouvait alors se promener dans les jardins et se
rendre seul à ses rendez-vous et activités.
Conclusion : souplesse d’un système, qui au cours d’un séjour ou selon l’évolution d’une
pathologie, peut évoluer sans contraintes logistiques. Le système fonctionne dans les deux sens :
restriction ou élargissement des accès.
Quatrième situation
Une patiente, âgée de 75 ans, est atteinte d’une démence avancée de la maladie d’Alhzeimer et
déambule toute la journée. Elle nous a été adressée par un home en raison de ses incessantes
intrusions dans les chambres, provoquant des conflits avec les autres pensionnaires.
Cette situation générait de l’anxiété et de l’agitation chez cette personne.
Désormais, grâce au badge, elle peut déambuler tranquillement de sa chambre aux parties
communes, sans avoir accès aux chambres des autres patients. L’absence de conflits a rendu cette
personne plus sereine.
Conclusion : avec ce système, on a pu redonner une liberté de circulation à cette personne sans
aucune contrainte pour elle ou les autres bénéficiaires de soins.
Essai d e s ynthèse
Lorsque nous avons mis en place ce système à l’unité du Jardin des Ormes, l’objectif était de
redonner une liberté de déplacement aux patients tout en leur assurant une sécurité…
Les quatre cas exposés reflètent dans l’ensemble les diverses situations et pathologies auxquelles
nous sommes confrontés dans notre service. La mise en place du système Quo Vadis // a permis
d’atteindre notre objectif et même plus encore. Il a su redonner à chaque patient une liberté
individuelle au sein d’un fonctionnement collectif.
Ce système a aussi libéré le personnel soignant d’une contrainte forte : l’ouverture et la
fermeture des portes à clé. Le personnel est ainsi plus à même de se concentrer sur
l’accomplissement de ses missions quotidiennes.
Ce système montre actuellement ses limites dans le cas où la personne, du fait d’une pathologie,
ne garde pas le badge sur elle. Comment faire pour que ces patients puissent tout de même
bénéficier de ce système ?
Cinquième situation
Avant la mise en place de Quo-Vadis //, l'équipe avait l'habitude de raccompagner les visites
lorsqu'elles quittaient l'étage étant donné qu'il s'agit d'un étage fermé. La mise en place du système a
permis aux visiteurs d'être plus indépendants et par là même les patients lorsque ces derniers
sortaient du pavillon en compagnie de leurs proches. Cet état a impliqué en contre-partie une
diminution d’informations à l'équipe des mouvements sur l'étage.
En effet, le but d'un service fermé est que les patients ne puissent pas quitter l'étage sans
autorisation du personnel et cela pour des raisons de sécurité liées aux risques encourus par des
patients présentant de graves problèmes d'orientation (risques de se perdre) ou de troubles de
l'humeur (patients déprimés pouvant présenter des risques suicidaires importants).
Lorsque nous donnons une carte "visiteur" à un proche d'un patient, nous l' informons de la
possibilité de sortir avec la personne en soins sur l'étage mais nous leur demandons aussi de nous
en informer.
Il nous est arrivé quelques fois de ne pas avoir été avertis de la sortie d'un patient avec une visite et
de nous trouver dans une situation embarrassante, à savoir, constater l'absence d'un patient et ne
pas savoir où il se trouve.
Cette situation se présente en général quand il y a peu de soignants dans le service. Parfois les
autres patients nous disent qu'ils ont vu X sortir avec ses visites mais d’autres fois, personne ne sait
rien et c'est là que la situation se complique.
On peut toujours supposer que le patient est effectivement avec une visite mais on ne peut courir le
risque de ne pas faire de recherche. Alors on visite chaque pièce du service l'une après l'autre, puis
on va voir dans les étages, autour du pavillon, à la cafétéria, puis un soignant fait le tour de l'hôpital
en voiture, etc......pour finalement voir arriver tranquillement le patient avec sa visite qui ne manque
pas de s'excuser de ne pas nous avoir prévenus qu'ils sortaient… Dans un même ordre d’idée, il est
arrivé également que
la visite prenne congé du patient à l’extérieur de l’unité, à la cafeteria et souhaite au patient un bon
retour dans l’unité… .
Voilà le genre de petit incident qui se présente plus fréquemment depuis l'installation du système
Quo-Vadis.
Essai d e s ynthèse
La perte d’un patient est une des causes de stress les plus importantes des soignants exerçant
dans le domaine de la psychiatrie gériatrique. Dès cet instant, tout est mis en oeuvre et dans tous
les points cardinaux pour le retrouver. Quo Vadis // devrait nous aider dans ces recherches.
Dans pareil cas, une interrogation de la base de données pourra nous informer, par les
enregistrements des passages, des sorties et de l’accompagnement du patient. Nous avons à ce
jour pas encore suffisament de perception et de maîtrise de l’apport technologique de Quo Vadis
//. Nous devons apprendre à utiliser cet instrument d’aide encore plus dans ces cas où les
minutes sont capitales.
Sixième situation
Les indications du système Quo Vadis // portent essentiellement à l’aide à la gestion de l’errance et
de ces effets indésirables. Lors de l’installation du système, une porte de salle de bain a été équipée
de Quo Vadis //. La raison n’est pas à mettre sur la découverte de quelques francs à dépenser mais
dans une recherche thérapeutique. La rénovation du bâtiment des Ormes ne permettait pas de créer
un local sanitaire dans toutes les chambres et nous a contraint à développer une salle de bain
collective pour quatre chambres. La technologie Quo Vadis // permettait de gérer encore mieux les
accès à cette salle de bain par rapport au allées et venues des patients dans le couloir. Après
plusieurs mois d’utilisation, si l’indication reste posée, un nouveau besoin est apparu : celui
d’équiper toutes les salles de bains ainsi que les vidoirs. En effet, le personnel de ménage et le
personnel soignant ont redécouvert les avantages ergonomiques des ouvertures sans clé et se
posent des questions en ce qui concerne un éventuel avantage bactériologique lié à cette
technologie. Dans des locaux sensibles comme les bains et les vidoirs, l’approche des poignées
entravées par une fermeture à clé n’est pas chose aisée. Dans une journée d’innovation, il nous est
apparu intéressant de présenter cette situation et d’ouvrir la réflexion encore plus la réflexion.
Perreux, le 7 mars 2002
Vécu du problème
M. Gilbert Fallet, Infirmier chef
Centre de Psychiatrie Gériatrique
Hôpital psychiatrique cantonal
Perreux (NE)
Introduction
L’errance, la déambulation et la fugue ont de tout temps posé problèmes aux infirmiers et infirmières,
tout comme aux autres professionnels de la santé, ainsi qu’aux proches. Aujourd’hui, mode ou
changement, ce n’est plus en terme de problème que nous raisonnons, mais plutôt en phénomènes
et en diagnostics infirmiers. Cependant qui dit phénomènes ou diagnostics, dit manifestations. C’est
par ces manifestations que les soignants débuteront leur voyage dans la prise en soins du malade.
D’abord par une observation globale et spécifique, puis par une réflexion afin de permettre un essai
de compréhension et pour terminer par la mise en place d’action de soins spécifiques.
L’histoire dit que les premières conceptualisations des actions de soins liées à l’accompagnement des
patients errants, déambulants et fuguants ont été attribuées à un maître en la matière, l’infirmier
Kabba. Mais qu’avait-il donc inventé de si révolutionnaire dans le traitement de ses patients ? Au
même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, sa consoeur Nurse Yale faisait la même découverte :
La Clé. Depuis ce jour, ce morceau de métal a accompagné quotidiennement l’infirmier dans sa prise
en soins des patients désorientés. Fermer tout à clef, à double tour était et est encore dans
beaucoup d’endroits la réponse à la manifestation, au phénomène de l’errance, une des clés à la
résolution du problème de soins de l’infirmier et de l’infirmière.
Avant de présenter la réalisation Quo Vadis //, il nous semble important de nous attarder quelques
moments sur les difficultés de prises en soins des patients errants et des réponses que nous
pouvons à ce jour donner aux manifestations rencontrées. Pour ce faire, nous vous proposons
d’utiliser une démarche d’observation et d’analyse des comportements infirmiers en réponse aux
problèmes rencontrés. Ci-après vous trouverez la trame de l’exposé.
• Nous nous pencherons dans un premier temps sur les manifestations de l’errance en lien
avec l’unité de soins.
• Ensuite, nous réfléchirons aux conséquences et aux incidences pour le patient et le groupe
en lien avec ces manifestations.
• Puis nous chercherons à mieux cerner les questionnements et les ressentis des soignants.
• A cette étape, nous ne pourrons pas ignorer les incidences que ces comportements ont sur
l’entourage du patient, son conjoint, sa famille et ses amis.
• Nous établirons un catalogue des réponses et des actions de soins mises en places jusqu’à
hier, soit avant Quo Vadis //.
• Nous essayerons de porter un jugement critique sur ce catalogue et de mieux cerner les
conséquences et les nécessités de nos choix.
• En synthèse, nous proposerons au moyen d’une technique spécifique de transmissions
ciblées et de DAR (données-actions-résultats) un modèle de résolution de problèmes en lien
avec les phénomènes d’errance, en complément à Quo Vadis //.
Perreux, le 7 mars 2002
Témoignage d'un conjoint
Perreux = Asile d'aliénés ! C'était l'image qui s'imposait à nos esprits lorsque nous parlions de ce lieu.
Perreux a pris pour nous une autre signification, puisque mon épouse y est hospitalisée depuis
longtemps et que nous avons découvert un autre établissement, devenu pour notre malade un
nouveau centre familial, doté d'un personnel compétent qui entretient cette famille par son savoirfaire
et son grand coeur, et ce, depuis les responsables, en passant par les soignants, jusqu'au
personnel de maison. Après nos visites, nous quittons cet hôpital sécurisés, sachant que nos
malades sont sous bonne garde, car, quel que soit leur handicap, chaque personne hospitalisée est
considérée, voire même aimée, telle qu'elle est.
Aussi, c'est pour nous l'occasion de dire à chacune et à chacun notre profonde reconnaissance
pour tout ce qui est fait pour le bien-être de chaque pensionnaire.
Perreux n'est plus un asile, mais un hôpital où les valeurs humaines sont respectées.
Depuis quelques mois, grande nouveauté aux Ormes. Ce que nous attendions impatiemment depuis
un certain temps est arrivé: un système électronique très sophistiqué de laisser-passer, permettant
aux heureux détenteurs, une plus libre circulation, que "Quo Vadis" a rendu opérationnel. Nous
avons pu constater avec bonheur que nos malades sont ainsi beaucoup plus autonomes, qu'ils
peuvent se rendre dans leur chambre avec une certaine indépendance, ce qui leur permet de vivre
plus sereinement tout en étant sous contrôle des soignants.
Quant à nous les visiteurs, nous apprécions grandement de ne plus être obligés d'avoir recours au
personnel pour aller dans la chambre de nos bien-aimés ou pour quitter l'établissement.
Nos vives félicitations à M. Gabus et à ses collaborateurs pour la réussite et le fonctionnement de
cette nouveauté mondiale.
Saint-Blaise, mars 2002
Témoignage d'une épouse
Appréciation personnelle sur l'utilisation d'une carte-clé électronique
pour le déverrouillage des portes
Après quelques mois d'utilisation du système de cartes-clés électroniques permettant l'ouverture de
portes à des personnes spécifiques, voici en quelques mots mon opinion d'utilisatrice.
Mon mari est un patient du pavillon des Ormes depuis plus de deux ans.
Depuis son admission dans l'établissement je lui rends journellement visite dans le but de l'assister et
le soustraire quelque peu à l'isolement dans lequel sa maladie le confine.
Il occupe une chambre individuelle, ce que j'apprécie grandement. Cela lui sauvegarde une certaine
intimité que je trouve précieuse. Lors de mes visites, je m'active à prendre soin de lui, de ses besoins
et effets personnels, dans le but d'oeuvrer pour son bien-être, son apparence et sa dignité.
Aussi afin de lui permettre une certaine mobilité et d'alléger la longueur de ses journées, je
l'accompagne à faire quelques pas soit à l'intérieur, dans les couloirs du service ou alors nous
sortons du bâtiment faire quelques modestes promenades. Une fois par semaine je viens le chercher
pour passer une journée à la maison.
Au vu de ces allées et venues il est évident que c'est avec enthousiasme que j'apprécie le système
des clés électroniques qui a été introduit il y a quelques mois.
Une carte-clé m'ayant été ainsi confiée, elle me permet désormais l'accès à sa chambre de même qu'à
l'ascenseur de sortie sans avoir, comme auparavant, à chercher et déranger le personnel de
l'établissement qui est déjà fortement sollicité par d'autres tâches et d'autres patients.
Le simple fait de "clipper" cette carte-clé sur soi d'une manière évidente afin qu'elle communique avec
la cellule électronique de porte, évite de devoir fouiller dans son sac ou ses poches pour y chercher
une clé conventionnelle qu'on est parfois empêché de manipuler parce qu'occupé à soutenir
quelqu'un ou à porter quelque chose. Il suffit de garder la carte-clé sur son vêtement durant le
temps passé dans l'établissement.
Toutefois, le seul inconvénient de ce système c'est qu'il y ait de temps à autre quelques secondes
d'attente pour que s'opère le déverrouillage d'une porte.
Cette remarque ne découle pas de mon impatience mais du fait que, pendant cette petite attente
devant la porte, il arrive que d'autres patients vous emboîtent le pas et essayent de profiter de son
ouverture pour se faufiler dans une pièce où ils ne devraient pas accéder.
Néanmoins, en qualité d'utilisatrice de ce système, je le trouve merveilleux. Il offre une meilleure
sécurité et plus de flexibilité pour chacun. Je suppose que la programmation de ces cartes permet de
nombreuses variantes selon les besoins des différents utilisateurs qu'il s'agisse du personnel de
l'établissement, de patients ou de visiteurs réguliers tels que moi-même.
Je salue donc l'avènement de cette nouvelle ère, celle des "portes intelligentes", pour autant qu'elles
ne soient pas paresseuses.
Marin, le 25 janvier 2002
Perspectives d’Avenir
Docteur Michel Philippe Dietschy, Médecin-assistant
Centre de Psychiatrie Gériatrique
Hôpital Psychiatrique Cantonal
Perreux (NE)
Quo Vadis II est un élément essentiel à la prise en charge géronto-psychiatrique moderne en milieu
hospitalier spécialisé. Elle s’adresse à des adultes âgés souffrant d’affections neuropsychiatriques
avec une diminution du fonctionnement cognitif associé à une déambulation et une désorientation
dans l’espace. Les manifestations de leur maladie consistent en d’incessantes marches errantes avec
risque de fugue involontaire, ainsi qu’en une tendance à entrer dans les chambres qui ne sont pas
les leurs, à ouvrir armoires et tiroirs, ainsi qu’à déplacer des objets. L’intimité de leurs collègues de
traitement est ainsi touchée et il s’ensuit de regrettables conflits. Par conséquent, les soignants sont
obligés de limiter leur liberté de déplacement et celle des autres, y compris de l’entourage, en fermant
toutes les portes à clefs.
Quo Vadis II est un complément idéal de l’encadrement offert par le personnel institutionnel, en
réglementant l’accès aux chambres et vers l’extérieur de l’unité. C’est donc un outil pratique offrant
une liberté relative de déplacement et respectant l’intimité en permettant l’entrée à sa propre chambre
à tout moment. La qualité de vie des bénéficiaires et de leur entourage est ainsi améliorée. Cet aspect
largement prouvé a été développé précédemment.
Quo Vadis II a d’autres potentialités qui restent à découvrire et à exploiter. Le but de cet exposé est
de développer les perspectives d’avenir que ce dispositif peut encore apporter. Nous allons nous
concentrer tout particulièrement dans le domaine de l’évaluation clinique objective dans la pratique
quotidienne des soignants.
Tout d’abord, un faible pourcentage (un peu moins d’un tiers) parvient à porter la carte à puce de
manière continue. De par leurs troubles mnésiques et de compréhension, les autres, par exemple,
l’enlèvent et le déposent quelque part ou le mettent dans leur sac à main. Par conséquent, ces
derniers ne peuvent plus pénétrer seuls dans leur chambre et leur sortie non autorisée de l’unité
n’est plus détectée. Une possibilité de port de la carte plus fiable reste à chercher.
Quo Vadis II est équipé d’un système informatique récoltant les événements se déroulant aux
alentours d’une porte identifiée et équipé du système (notamment, entrées et sorties d’un champ,
tentatives d’ouverture, ouvertures). Précisons de suite que ces données sont soumises au secret
médical et sont utilisées dans un but uniquement clinique. L’installation venant d’être mise en place,
l’enregistrement fournit des données brutes indigestes pour une analyse rapide et pertinente par un
personnel médical, infirmier et paramédical (ergothérapeutes, physiothérapeutes, assistants sociaux).
Nous continuerons l’excellente collaboration avec les créateurs techniques de Quo Vadis II. Après
un temps d’adaptation, nous définirons des propositions précises et ils essaieront de concrétiser
des programmes informatiques dans la mesures du possible.
Nous pouvons imaginer les utilisations potentielles suivantes. Prenons pour exemple une patiente
fictive, néanmoins proche de notre réalité quotidienne. Madame Eulalie est âgée de 85 ans. Elle
souffre d’une démence de la maladie d’Alzheimer avancée et sa santé physique est bonne. Elle est
adressée pour un maintien impossible à domicile en raison d’un risque d’errance devenant ingérable
pour son époux. Un traitement géronto-psychiatrique est mis en place. Le soignant établit un
graphique (voir croquis ci-après) par quelques manipulations simples sur l’ordinateur relié à Quo
Vadis II et installé au sein de l’infirmerie. Sur l’axe des X se déroule le temps depuis le jour de
l’admission. Sur l’axe des Y est reporté la fréquence d’apparitions par jour d’événements choisis
(entrées dans sa chambre de manière autonome et accompagnée d’un soignant ou d’une visite,
tentatives d’ouverture de portes dont l’accès n’est pas autorisé, tentatives d’utiliser l’ascenseur ou
de quitter l’unité sans autorisation, passages d’une porte communautaire ou de la porte ouvrant sur
le jardin thérapeutique). En consultant ce graphique, le soignant évalue de façon objective l’évolution
dans le temps des effets bénéfiques et délétères du traitement dans le but de l’adapter, la
répercussion de certains événements potentiellement traumatisants, l’autonomie en vue de
départager entre un retour à domicile ou une intégration d’un home et, si ce dernier point est retenu,
de choisir un home avec un encadrement approprié au degré d’indépendance.
Le Centre de Psychiatrie Gériatrique est à l’heure actuelle le seul établissement équipé de Quo Vadis
II. Un placement dans un home non équipé de ce système fait craindre une perte des bénéfices que
les adultes âgés et leur entourage ont retiré de Quo Vadis II.
D’autres événements, comme le nombre d’entrées dans sa chambre seule ou accompagnée,
peuvent être rajoutés sur le même graphique.





 

 

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