Une réponse à l'erranceDe Pierre Bohrer A St-Légier, au-dessus de Vevey, le home Salem a testé avec succès un nouveau système appelé anti-errance, mis au point par la FST, en étroite collaboration aussi avec la faculté de sociologie de l'Université de Neuchâtel. Jusqu'à présent, les téléthèses ont été développées et destinées aux personnes handicapées physiques, de manière à augmenter leur autonomie et pallier aux communications déficientes. Il s'agit maintenant d'envisager l'adaptabilité des téléthèses aux personnes âgées. C'est dans ce contexte que le home Salem, un établissement gériatrique, a fonctionné comme lieu de test institutionnel pour l'introduction de nouvelles technologies. Comparativement aux aides actives qui supposent un acte décisif de l'utilisateur pour la faire fonctionner (à l'image de la commande "James"), les aides dites passives sont des appareils qui ne se déclenchent pas par la volonté, mais par un acte que l'appareil détecte. Elles s'adressent donc aux personnes déphasées, perturbées, désorientées psychiquement. Le système anti-errance fait partie précisément de cette dernière catégorie. De quoi s'agit-il? C'est en fait un petit émetteur porté par l'utilisateur (en badge, en pendentif, etc.) qui déclenche une alarme lorsque la personne quitte l'établissement en passant devant des bornes de réception placées au niveau des portes. Voilà alors le personnel averti que tel ou tel pensionnaire (le "bip" est personnalisé) s'est éclipsé par telle ou telle porte. Contrairement aux fugues, les errances sont des déplacements qui ne sont pas consciemment décidés... Prenons l'exemple d'un pensionnaire du home Salem, un vieux monsieur atteint de la maladie d'Alzheimer. Alors que le système développé par la FST n'était pas encore disponible, cette personne a pu, à plusieurs reprises, échapper un instant à la vigilance du personnel pour s'égarer aux alentours, une fois même jusqu'au village de Clarens. Equipée du système anti-errance, elle peut désormais, en toute sécurité, demeurer dans une institution ouverte, l'appareil testé n'ayant jamais été pris en défaut de fonctionnement. «Le problème», note Olivier Schnegg, directeur du home Salem, «ce n'est pas que l'on veuille mettre des limites à laliberté d'un pensionnaire en particulier, mais que l'on peut de la sorte prévenir les risques encourus (chutes, accidents de la route, égarements...)». De par cet aménagement relativement simple et peu onéreux, on peut ainsi répondre aux problèmes de désorientation sans devoir fermer les locaux et limiter les déplacements des autres pensionnaires. Dans le même temps, aussi bien le personnel que la famille se sentent sécurisés, soulagés." Se faire des alliés De Pierre Bohrer «Il va là où ses pas l'emmènent...». C'est ainsi que décrit Catherine Baumgarten, ergothérapeute et responsable de l'unité d'accueil temporaire (UAT) au home Salem, le comportement de ce pensionnaire de 88 ans, atteint de la maladie d'Alzheimer. «Avant que nous disposions du système anti-errance, nous étions contraint de maintenir cette personne dans le périmètre de la blouse blanche, en la "cadrant" même à l'étage». Ce qui ne manquait de créer quelques tensions bien compréhensibles. A l'angoisse du personnel (est-il dans sa chambre, est-il sorti...) dont la responsabilité est, on l'imagine, lourde à porter, vient se greffer l'exaspération du malade, se sentant trop étroitement surveillé, contrarié dans ses déplacements, dans sa liberté de mouvement. «On en arrive ainsi à des situations où personne n'est à l'aise. Car si le pensionnaire n'est pas à même de mesurer les risques consécutifs à son état, il en va tout différemment de nous». «S'étant un jour perdu lors de l'une de ses sorties, nous avions effectué maintes recherches, averti la police ainsi que la famille. En fait, c'est grâce au journal qu'il avait emporté de la cafétéria et qui portait l'adresse du home, qu'il a pu nous être ramené». De telles mésaventures ne sont désormais plus possibles, grâce précisément à l'introduction du système anti-errance. Bien sûr, l'installation d'un tel appareil ne nécessite pas que des aménagements techniques. Les divers partenaires, soit les employés de l'établissement ainsi que la famille doivent être informés, de même que d'autres pensionnaires qui, à la vue d'énigmatiques plaques apposées à l'entrée du bâtiment ou à l'audition de l'alarme, en feraient la demande. La transparence est de règle. «Car il s'agit de se faire des alliés, et que chacun comprenne les avantages apportés, au niveau sécurité, d'un tel système». On n'est donc pas avare d'explications, car il ne faut pas négliger les aspects d'ordre psychologique ou éthique induits par cette nouvelle technologie. Le maintien d'une certaine autonomie du malade ainsi que la sécurité qu'apporte l'appareil anti-errance compensent assurément et largement les quelques "bémols" évoqués. "Paraplégie – septembre 1994"
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